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Les dossiers de l'ADDIP, Coordination Pyrénéenne

Durant l’année 2006, l’ASPAP a beaucoup travaillé avec les autres associations départementales pyrénéennes opposées à l’introduction de grands prédateurs, dans ce que nous appelions la « coordination pyrénéenne ». Notre volonté d’une démarche globale pyrénéenne nécessitait une structure légale et officielle à l’échelle du massif. Nous avons décidé d’utiliser l’ADDIP en la restructurant pour qu’elle devienne la représentation des associations pyrénéennes. Il est important de rappeler que chaque association garde son travail d’animation et de militantisme et sa représentativité dans son département 

L’Association pour le Développement Durable de l’Identité des Pyrénées fut créée en 2002 par les premiers militants de la cause anti-ours. Aujourd'hui nous travaillons en commun avec les acteurs majeurs du territoire pyrénéen : conseils généraux, chambres d'agriculture, représentants professionnels et associatifs. Nous avons réussi à élever le débat dans les Pyrénées au delà de la question simpliste "pour ou contre l'ours?". La réintroduction d'ours slovènes s'est faite par la seule approche naturaliste, forcément réductrice, ignorant ses répercussions transversales et globales  sur le massif.

L'ours et le loup ne sont pas essentiel à l'avenir des Pyrénées, dont les enjeux ne peut s’inscrire que dans le cadre d’un développement durable et global du territoire incluant toutes ses dimensions environnementales, économiques et sociales.

Nous travaillons à des propositions concrètes d’avenir pour les Pyrénées qui, s’inscrivant dans ce triple cadre, porteront des projets concrets de développement durable dans les rôles qui ont toujours été les nôtres, adaptés aux spécificités territoriales des Pyrénées mosaïque de situations différentes : production agricole pour nourrir les hommes, - création et maintien de paysage et de biodiversité, - offre de sites et d’activités de loisir pour ceux qui les visitent, - emplois et plaisir de vivre pour ceux qui y habitent.      

 

D'autres infos sur l'ADDIP, cliquez I C I 



 

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Les dossiers de l'ADDIP

1) L'ESPAGNE : bien loin du paradis annoncé par l'Etat Français

 

mai 2008

2)  L'ADDIP publie son BILAN du plan ours 2006-2009

"ECOLOGIE : un vrai problème manipulé de façon inquiétante. Bilan de la situation créée par le plan de conservation et de restauration de l'ours brun dans les Pyrénées 2006-2009, et conséquences pour l'avenir du massif."

Dossier complet ICI

 

Octobre 2008

3)  Elevage ovin, subventions, revenu des éleveurs : remettons les pendules à l'heure ! 

21.10.2008 Face à des citoyens de plus en plus avisés, les sectes du sauvage sont visiblement à court d'arguments pour défendre leurs protégés, ours et loup. Leur discours s'oriente donc vers la "casse" quasi exclusive de tout ce qui concerne, de près ou de loin, ce pastoralisme vivant et bien décidé à le rester que nous défendons. Pour cela, ils pensaient avoir trouvé l'arme idéale : la subvention agricole ! Selon eux, les éleveurs, ovins en particuliers, grassement arrosés par des subventions, produits de nos impôts, doivent se plier à l’imposition des ours et des loups ; on paye ces éleveurs, ils nous coûtent cher (la spéculation aussi en ce moment, mais ça n’a rien à voir n’est-ce pas ?), ce n’est pas à eux de choisir ce que l’on veut pour cet argent, le nôtre.

 Face à cet inquiétant discours, qui prostitue ainsi femmes et hommes : on paie, vous exécutez nos désirs, nous vous présentons des documents statistiques récents et officiels. Ils montrent la réalité sociale, économique de ces « grassement subventionnés » qui devraient s’incliner devant les carnivores sauvages, à quatre pattes mais certains à deux pattes, et ceux-là prouvent que, oui, certains hommes sont un loup pour l’homme.

 

Dossier complet ICI

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Notre dossier complet ici 

Voyage d'Etude à SOMIEDO - 26-29 Novembre 2007


NOTRE DOSSIER COMPLET

 

Dans le cadre des voyages d'étude préconisés par la Secrétaire d’Etat à l’Ecologie lors de sa venue à Toulouse le 26 juillet, trois représentants de l’ADDIP ont participé au déplacement organisé dans la réserve à ours de Somiedo  en Espagne. 

Compte-rendu du voyage

communiqué de presse, programme et sites amis

Synthèse ours et avenir

Contexte économique aux Asturies

Notre voyage dans la Dépêche du Midi édition Ariège

Notre voyage dans la Dépêche du Midi édition Hautes-Pyrénées

Notre voyage sur Ariègenews

Galerie photos

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A  D  D  I   P

Compte – rendu du voyage d’étude

Asturies, Espagne – 26 au 29 novembre 2007

Réserve à ours de Somiedo

 

Participants : François ARCANGELI, Adet, maire d’Arbas - Magali BONIFACE, Addip - Marie-Lise BROUEILH, Addip  - Augustin BONREPAUX, président du Conseil Général de l’Ariège - Jean-Jacques CAMARRA, Équipe Technique Ours - Claude CARRIERE, Addip - Rolland CASTELLS, maire de Bagnères de Bigorre, conseiller général des Hautes-Pyrénées - Fernand ESTEREZ, Fédération Chasseurs Pyrénées Atlantiques - Thierry GALIBERT, Direction Environnement Midi-Pyrénées - Denis LAURENS, inspecteur général de l’environnement - Marcel MINVIELLE, maire d’Etsaut - Jérôme OUILHON, Fiep – Sébastien PAULY, Fédération Chasseurs Ariège - Georges RIBIERE, inspecteur général de l’environnement - Jean-Luc TRONCO, Sous-Préfet des Pyrénées Atlantiques.

 

Introduction

 

Dans le cadre d’une mission de comparaison entre les situations rencontrées dans différents pays où vivent des ours, le Ministère de l’Environnement, du Développement et de l’Aménagement Durable a organisé en Espagne le premier de 4 voyages d’étude à l’étranger programmés jusqu’au printemps 2008. Ces déplacements s’inscrivent dans l’’évaluation à mi-parcours du plan ours 2006-2009, confiée à Messieurs Denis Laurens et Georges Ribière, inspecteurs généraux à l’Environnement.

 

En préambule à ce voyage, nous avons du négocier une meilleure représentativité au sein de la délégation, obtenant trois membre de l’ADDIP sur 14 participants presque tous pro-ours, ainsi que la possibilité d’une rencontre sur place avec des interlocuteurs locaux alternatifs de ceux imposés par le programme, que les ministères français et asturiens ont d’ailleurs tenté d’empêcher. Nous avons rappelé aux organisateurs que notre participation ne devait pas être interprétée comme une acceptation de la coexistence avec l’ours ou le loup, pas plus que notre adhésion à un quelconque processus de décision.

 

Notre voyage a conforté tout le bien fondé de nos réserves. Sur place, nous nous sommes attachés à évaluer le plus justement possible l’expérience asturienne, dans sa globalité. Notre vigilance, nos questions nombreuses et ciblées appuyées sur le travail préalable de l’association ont mis à jour, pour nous comme pour les autres membres de la délégation, l’évidence de l’impossible transposition du modèle asturien à nos Pyrénées.

 

             I.      Contexte

 

La Principauté des Asturies, dotée d’un gouvernement autonome, est située sur la côte nord de l’Espagne, au bord de l’océan Atlantique. Les Asturies s’étendent d’est en ouest sur 170km, pour une superficie de 10 000 km2. Les fortes densités de population humaine sont concentrées sur la côte (Oviedo-Gijon), où vit un million d’habitants dans un paysage entièrement urbanisé jalonné de zones industrielles et d’infrastructures portuaires.

 

L’arrière-pays, et notamment le sud d’Oviedo, but de notre visite, souffre depuis 40 ans d’une gravissime désertification rurale propre à l’histoire du pays qui a entraîné l’abandon définitif de centaines de villages en Espagne. Alors que la présence de l’ours y est discontinue, le lien de la présence humaine et économique est rompu dans ces vallées reculées depuis plus de 40 ans.

 

La situation de détresse extrême de ce territoire a justifié son classement en « Objectif  1 » par la Communauté Européenne, ce qui signifie que les projets présentés par l’autonomie des Asturies, notamment la « récupération de l’ours », sont financés par l’Europe prioritairement sur toutes les demandes émanant d’autres régions.

 

Le territoire de l’Oso Pardo (l’ours de couleur brune) s’étend sur 4 régions mitoyennes du nord de l’Espagne, en deux noyaux séparés, l’un de 120 ours environ, l’autre d’une vingtaine d’ours. Les Asturies abritent 90 ours environ sur 19 de leurs 78 Consejos (communes), soit environ 206.000 hectares. Somiedo est une commune unique de 29.000 hectares, pour une population de 1.500 habitants seulement répartis en 38 localités. Son histoire en fait depuis des siècles une zone sous statut spécial : domaine royal autrefois, réserve de chasse,  parc naturel, réserve de biosphère aujourd’hui 

 

Caractéristiques de la zone  : altitude moyenne (1.000 mètres environ, point culminant à 2.200 mètres) ; relief calcaire et accidenté, creusé de vallées profondes ; alternance de friches, pâturages et prés de fauche en fond de vallée ; au dessus, forêt sèche de feuillus (chênes, hêtres, châtaigniers  …) qui cède la place vers 1.200 mètres aux « branas » (estives, prononcer bragnas) souvent gagnées par le « matoral », (broussaille qui colonise les espaces non pacagés). Dès 1.500 mètres, milieu minéral sans végétation. La « montagne à moutons » pyrénéenne (hautes estives verdoyantes de 1200 à 2500 mètres) n’a pas son équivalent ici.

 

 

           II.      Présentations réalisées pendant le voyage d’étude

 

 

à « La politique de Récupération de l’Ours Brun Cantabrique » Par Juan Carlos Juarez,

du Ministère de l’environnement et du développement rural des Asturies, responsable du  service Vie Sauvage.

 

Motivations : selon Juan Carlos Juarez la récupération de l’ours des Cantabriques est indissociable du contexte économique d’abandon des zones rurales après la fermeture des dernières mines dans les années 70-80, simultanée avec le seuil critique atteint par la population d’ours au même moment. Le projet de développement touristique porté par la mise en valeur de l’image de l’ours semble avoir été l’outil unique de la survie économique, et de la survie tout court, d’une zone qui a refusé la mort programmée de ses villages.

 

Législation : En 1991, le Catalogue Régional des Espèces menacées de la faune vertébrée de la principauté des Asturies est créé, il répertorie l’ours brun de cantabrique comme “menacé d’extinction”, ce qui entraîne en application de la loi nationale espagnole la mise en place en 1992 d’un “plan de récupération” de l’espèce.

 

Population : 50 ours vers 1960, stabilisation vers 1990 autour de 70 individus, 120 à 150 ours en 2006. “la population d’ours n’est toujours pas considérée comme viable », elle « aura toujours besoin d’une préservation active des hommes” nous dit-on pourtant. Les spécialistes espèrent réunir les deux noyaux de peuplement « qu’une zone humanisée empêche de fusionner, à cause des stations de skis, beaucoup de touristes, une autoroute ». Ce sera un « processus long » poursuit, de manière énigmatique le responsable. Hormis cette zone,  la majorité des 19  “consejos” (communes) sont  sous statut spécial (réserve …).

                                                                                                                                                                       

Dommages : l’élevage ovin a disparu (121 ovins sur les 38 localités de Somiedo), et l’élevage bovin est moins sensible aux attaques d’ours. 100.000 € environ sont versés par an pour les dommages d’ours, essentiellement pour les dégâts sur les ruches, attaquées quotidiennement, mais « que les habitants rechignent à protéger ». Le loup attaque également, l’indemnisation est majorée de 20%.

 

Moyens : Nous aurions aimé connaître le coût global du plan ours, et l’estimation globale des retours économiques de cette opération : personne, pas même le ministère concerné, ne semble les avoir évalués. Le suivi et le recensement des ours semble mobiliser d’énormes moyens, difficile d’en évaluer l’importance : Combien de personnes sont affectées au suivi des ours ? 5 hommes dans la patrouille-ours nous répond-on, “plusieurs” personnes dans les bureaux, 150 garde-chasse, mais “partiellement”, “plusieurs” techniciens des ONG : La Fondation Oso Pardo, Fondation FAPAS, Fondation  Oso Asturiano . Nos interlocuteurs répondront de façon imprécise à nos questions. Pour l’exemple, le budget du Fapas dépasse 1,2 millions d’euros par an. Elles ont d'énormes moyens financiers  provenant de banques et grandes industries . La gestion de l'ours est une vraie “usine à gaz” : les structures se superposent, les intervenants sont en nombre pléthorique et l'ours permet à tous d'être abondamment  servis.

 

 

Nn

à Proaza - Rencontre avec la conseillère  à l’Environnement et au Développement Rural        équivalent du ministre dans la Communauté Autonome de la Principauté des Asturies

 

Nous nous attendions à un échange sur la biodiversité, nous avons reçu une démonstration     des bienfaits économiques de l’image de l’ours dans les Asturies : en 10 ans, le PIB de la commune de Somiedo est passé de la 77ème place (sur 78) à la 40ème ! Le nombre de lits d’hôtel dans la localité est passé de 80 à 780 …

 

Le Parc Naturel de Somiedo a-t-il rempli sa mission statutaire d’assurer également le développement des activités traditionnelles ? L’exode rural a-t-il été freiné ? Les statistiques économiques (disparition de l’élevage ovin, stagnation démographique, effectif scolaire faible, départ des jeunes) semblent démontrer que le parc peine à remplir ces missions pourtant essentielles. Notre voyage servirait t’il un plan marketing asturien ? La conférence de presse qui suivra relaiera largement dans la presse espagnole le « succès total » de la récupération de l’ours, offert tel un paquet cadeau à la délégation française.

 

 

à Proaza – Visite du Parc de Vision des ourses Paca et Tolla, de la Maison de l’ours,

    de la Senda del Oso (sentier de l’ours)

 

Un parc de vision grillagé de 4 hectares, cerné par un sentier, offre gratuitement à 60.000 visiteurs par an le spectacle de deux ourses cantabriques en captivité. Les autorités ont décalé l’heure de leur repas  pour que nous puissions voir de près, juste derrière les grilles, ces deux énormes bêtes de 150 kilos chacune. Le maire de Proaza, ravi, a obtenu le droit de les faire inséminer artificiellement, afin d’assurer leur descendance.

 

La maison de l’ours présente une exposition sur la place de l’ours des les Asturies, et propose un programme d’éducation para scolaire à l’environnement qui a concerné 900 enfants en 2006. Le sentier de l’ours est aménagé au fond de la vallée, sur le tracé de l’ancienne voie ferrée minière. Plat, goudronné, il est parcouru par des dizaines de milliers de piétons, de cyclistes, de cavaliers. Les visiteurs des sites Asturiens sont essentiellement locaux, le bassin d’Oviedo, réservoir de 1 million de visiteurs potentiels, n’est qu’à 40km.

 

 

 

 

à Proaza – Présentation de la situation globale des grands prédateurs dans les Asturies – par Anton Alvarez Sévilla, expert des races d’élevage autochtones asturiennes

 

Nous avons souhaité aborder le problème global des grands prédateurs, et notamment de l’expansion du loup dans les Asturies, en particulier dans la région des Picos de Europa, point culminant du massif, aux confins de la Cantabrie. Anton, éleveur de chevaux « Azturcon » avec qui nous travaillons depuis plusieurs mois est venu nous expliquer les ravages du loup sur l’écosystème asturien de cette zone : en 10 ans, diminution du cheptel ovin transhumant de 95% ; ensauvagement des espaces par l’abandon des estives et recul conséquent de la biodiversité par la fermeture des milieux. Perte du patrimoine génétique d’espèces autochtones rares, en phase de « récupération » au même titre que l’ours super-protégé.

 

Relayé par Marie-Lise Broueilh, qui livra son expérience d’éleveur et de présidente du syndicat de la race ovine « Barèges-Gavarnie », ils ont signifié devant un public attentif à nos arguments notre volonté de nous engager  à des actions communes au niveau européen, pour inscrire comme le prévoit la Convention de Rio la biodiversité ordinaire et agricole au même titre que la biodiversité sauvage au patrimoine de l’humanité qu’il est essentiel de sauvegarder pour les générations futures.

 

 

à Pola de Somiedo – Rencontre avec les Chasseurs, la Fondation Oso Pardo, le Fond Asturien pour les Animaux Sauvages – FAPAS

 

Ces trois intervenants majeurs du plan ours dans les Asturies participent activement au suivi et au recensement des populations d’ours. Relevés de traces sur le terrain, plan annuel de comptage des ourses suitées, suivi par caméra et appareils photos automatiques permettent d’évaluer la santé globale et individuelle des ours.

 

Malgré ces moyens, personne n’a pu nous donner une répartition plus fine des ours que les habituels « 90 ours environ dans les Asturies ». Combien à Proaza, autour du sentier de l’ours, ou à Somiedo ? Nulle réponse.

 

Les chasseurs sont indispensables au suivi de l’ours, et la chasse est indispensable à la régulation des sangliers, qui sont en concurrence alimentaire directe avec l’ours. La carte annuelle donne droit à 7 battues pour la saison, plus 5 sorties individuelles. Les chiens doivent être tenus en laisse jusqu’à la poursuite d’une trace fraîche. L’usage de Talkie-walkie est autorisé. Autogestion des quotas, protocole impliquant les chasseurs, sessions de formation organisées pour différencier l’ours du sanglier font qu’aucun accident n’a été relevé depuis des années. A partir du 1er décembre, la chasse est fermée pour cause d’hibernation.

 

Jusqu’en 1976, la chasse était totalement interdite sur ces anciens domaines royaux. L’ours est vécu comme celui qui permet la chasse. De plus l’autonomie rétrocède une partie des droits perçus sur les permis : pour 150 chasseurs, Somiedo reçoit 150.000  € par an, plus  300.000 euros de prise en charge des dégâts du gibier.

 

 

à Visite du centre d'information du parc naturel de POLA DE SOMIEDO –

     Rencontre avec des représentants du secteur du tourisme de SOMIEDO et de PROAZA

à Rencontre avec les maires de SOMIEDO, de PROAZA et d'autres villes et villages,

    des Députés, des représentants du Gouvernement de la Principauté des Asturies

 

 

Environ 120.000 personnes ont fréquenté le parc de Somiedo en 2006. L’hébergement est développé sous la forme de petites unités de 19 chambres maximum, soit 38 lits. L’occupation moyenne serait de 20 semaines/an.  Le taux de subvention à l’investissement de 33%. Les professionnels de la délégation s’interrogent sur la viabilité en France, où le système social et fiscal est nettement moins avantageux, de ce type d’hébergement. Nous ne parviendrons pas à savoir combien d’emplois ont été créés, ni quel est le chiffre d’affaire moyen d’un hôtel rural … aucune autre activité à vocation touristique n’est développée : parapente, escalade, rafting, canoe, ski sont totalement interdits dans la réserve.

 

Les élus sont unanimes : freiner l’exode rural, le recul économique, est une question de survie pour les zones de montagne des Asturies. Il  n’y a pratiquement plus d’élevage, aucune industrie, le rééquilibre territorial passait donc par le seul atout de cette région : une nature nommée « sauvage » parce que de nombreux villages sont abandonnés, à laquelle l’ours donne un crédit de « haute conservation ». Aujourd’hui, pour les élus, « le grand défi n’est pas l’élevage mais la maîtrise de l’urbanisme ». La priorité est donnée à la construction de résidences de loisirs, et d’habitations familiales pour la population prévoyant gites ou chambres d’hôtes . 13 millions d’euros de fonds européens ont financé 150 projets à Somiedo entre 2002 et 2006. Mais le prochain volet d’infrastructure devra être financé davantage par la Région autonome, les fonds européens étant en baisse.

 

La députée insistera beaucoup sur la capacité politique propre aux régions autonomes, et particulièrement aux Asturies d’associer à l’élaboration des lois le plus grand nombre d’acteurs possible. Ainsi chaque texte peut être modifié et amendé par n’importe quel groupe socio-professionnel, au point que chaque projet de loi comporte lors de son vote autant de paragraphes d’origine que de passages améliorés. C’est selon elle la condition sine qua non pour que les populations s’approprient les décisions, et ensuite les acceptent dans la durée.

 

à Villar de Villas - Visite de l’estive et des Branas - Rencontre avec les éleveurs

 

Dans le décor de carte postale qui figure sur tous les prospectus, devant les granges « celtiques »aux toits de chaume conservés, les éleveurs bovins (plus aucun éleveur ovin professionnel dans le Consejo) expliquent comment ils ont relancé la race asturienne à viande. Le chiffre de 800 bovins sur l’estive nous interroge. La ressource en herbe n’est pas suffisante pour un tel cheptel. L’absence d’attaques du loup ou de l’ours sur ces troupeaux, en semi liberté, aussi. Aucun bâtiment agricole récent à Villar, mais partout des petites granges vétustes de 10 vaches au plus. De nombreux prés sont coupés … à la faux ! Le montant des subventions agricoles qu’un des élus nous annonce semble très largement supérieur aux barêmes Pac.

 

5.000 brebis d’Estrémadure transhumaient ici, les éleveurs ont renoncé, pourquoi ? L’espace qu’elles pacageaient est envahi de broussailles et de genêts. Ici pas de GR,  ni de sentier balisé. « Le parc est un des plus restrictif d’Europe pour le tourisme ». « Sans l’ours et les touristes, nous disent les éleveurs  nous ne serions  plus là . Sans nous l’ours et les touristes ne seraient pas là. Rien ne peut se faire sans la population, et surtout sans les éleveurs ». Ils siègent d’ailleurs au Conseil du Parc. Chacun a dans sa famille un garde ou un employé du parc, ou tient un gite. Cette pluri-activité, si elle ne crée pas de croissance démographique, maintient au pays une population prête à de grands sacrifices pour y rester. Les éleveurs sont fiers d’avoir contribué à la sauvegarde de l’ours Cantabrique. Et nous disent qu’ils n’auraient pas voulu d’ours slovènes.  

 

        III.      Analyse

 

Un territoire historiquement coupé du développement économique, une région vidée de ses hommes par l’exode rural des années 50, puis par la fermeture des mines dans les années 80, l’absence d’infrastructures, y compris touristiques (3 stations de ski seulement) ont  largement contribué, avant toute politique de préservation, à la sauvegarde de l’habitat de l’ours des Cantabriques.

 

La loi de protection des espèces menacées, l’implication de tous les élus et habitants, prêts à tous les sacrifices pour rester au pays, l’apport financier généré par le tourisme, la rareté des attaques aux troupeaux, uniquement bovins, le rôle reconnu des éleveurs dans la gestion du patrimoine montagnard, et l’octroi de droits nouveaux pour les chasseurs ont favorisé l’acceptation d’une population d’ours, et permis son augmentation.

 

Malgré les moyens colossaux mis en œuvre, le déclin démographique se poursuit. Comme témoigne une habitante « le développement ne se fait pas pour ceux de Somiedo, mais  sur le dos de ceux de Somiedo ». A l’est des Asturies, le loup sort des limites du Parc des Picos de Europa ou en 10 ans il a fait baisser de 10.000 à 500 bêtes le cheptel transhumant, vidant la montagne des derniers paysans, ultimes résistants à l’exode.

 

Le modèle asturien n'est pas reproductible sur l'ensemble du massif pyrénéen, qui n’est en rien comparable. Dans les Pyrénées, 40 ans de politique de développement ont  réussi à maintenir nos territoires actifs, habités et vivants jusqu’au plus petit village, tout en gardant une population d’ours, même faible. Le pastoralisme, premier acteur de la protection de l’environnement, a permis une ouverture et une  diversité biologique des milieux et des espèces remarquable. Des stations de ski, du thermalisme, des activités de loisirs et des sports de nature, des exploitations forestières, des centrales hydroélectriques, du commerce, de l’artisanat, des services, des activités industrielles de haute technologie, la liste est longue pour rendre compte du développement  du massif pyrénéen.

 

Les participants au voyage, hors champ officiel, reconnaissent tous que la restauration de la population d’ours en France a accumulé de graves erreurs. D’une part en n’associant pas les habitants et les éleveurs qui ne sont représentés dans aucune des instances de décision. D’autre part en considérant uniquement la question de l’ours par une unique approche naturaliste, ignorant ses répercussions transversales et globales  sur le massif.

 

       IV.      Perspectives

 

Le maire de Somiedo, premier intervenant de ce voyage nous avait proposé, comme un paquet cadeau « d’emporter le modèle de Somiedo dans les Pyrénées ». Deux jours plus tard, il concluait notre voyage par ces mots : «un territoire doit choisir. Personne ne sait mieux qu’à l’intérieur d’un territoire ce qui est bon pour lui ».

 

Le voyage dans les Asturies a permis de rebattre les cartes de la question de l’ours dans les Pyrénées. Nous revenons légitimés par le ministère dans le rôle incontournable que nous avons à jouer pour sortir de 10 ans d’une crise préjudiciable à tous. Notre seul interlocuteur ne pourra être que l’Etat.

 

Avec cette expérience, le débat s’élève enfin au-delà de la question simpliste « pour ou contre l’ours ». Tous les éléments que nous rapportons des Asturies démontrent objectivement comment la « récupération de l’ours », comme on le dit à Somiedo, ne peut s’inscrire que dans le cadre d’un développement durable et global du territoire incluant toutes ses dimensions environnementales, économiques et sociales.

 

Il nous appartient de faire des propositions concrètes d’avenir pour les Pyrénées qui, s’inscrivant dans ce triple cadre, porteront des projets concrets de développement durable dans les rôles qui ont toujours été les nôtres, adaptés aux spécificités territoriales des Pyrénées mosaïque de situations différentes : production agricole pour nourrir les hommes, - création et maintien de paysage et de biodiversité, - offre de sites et d’activités de loisir pour ceux qui les visitent, - emplois et plaisir de vivre pour ceux qui y habitent.

Nous allons y travailler activement.                                                                                              ADDIP, 30.11.2007

 

 

Asturies – Ours – Développement économique

Bruno Besche-Commenge – ADDIP – novembre 2007

Avec la réserve voisine de Muniellos (55.657 ha, dont 5.488 de réserve intégrale interdite à toute activité humaine), la réserve de biosphère et parc naturel de Somiedo (29.164 ha) est le site emblématique du maintien

d’une population d’ours sauvages dans les Asturies.

Dans un article récent (http://www.fapas.es/notifapas/hoy/2007/20071030_adet.htm),le président du FAPAS, A. Hartasánchez, indique que, par rapport aux Pyrénées, « la situation dans la Cordillère Cantabrique

/est/ différente parce que, pratiquement, il n’y pas de dégâts sur le bétail, mais surtout sur les ruches ». De même, G. Palomero, Président de la Fondation Oso Pardo, souligne dans El Diario Montañes du 28

octobre 2007 : « En général, dans la Cordillère Cantabrique l’ours est bien toléré parce qu’il ne tue que peu de bétail. Il y a davantage de conflits dans les Pyrénées, où le fait qu’il attaque les vaches entraîne un grand rejet

social. »

 

En fait, il attaque aussi et surtout les ovins, ce que G. Palomero reconnaissait en décembre 2005 dans son intervention lors des « 3° journées de l’environnement » organisées par le Consorcio de Los Valles, en Aragon

(http://www.consorciolosvalles.org/00noticias/00_not.php?idNoticia=22). Il indiquait alors que, pour faire accepter l’ours, entre les Monts Cantabriques et Los Valles la différence c’est « qu’il n’y a pas d’élevage ovin ».

Totalement faux pour l’ensemble des Monts Cantabriques, mais qu’en est-il à Somiedo, puisque sans cesse ce consejo est, en France, présenté comme un modèle de cohabitation ? Les données sont empruntées aux

Services statistiques du Gouvernement asturien (http://www.sadei.es/ pour l’agriculture, et  http://tematico.asturias.es/mediambi/siapa/ pour environnement).

Le consejo de Somiedo correspond à ce qui serait chez nous un canton. Pour des raisons historiques, l’ours n’a cessé d’être présent dans cette zone des Asturies, au statut spécifique ; Somiedo fut réserve de chasse,

puis Parc Naturel en 1988, enfin Réserve de biosphère depuis 2000, ces statuts successifs en font un site à part, rien à voir avec la réalité globale du massif pyrénéen, les paramètres ne sont pas comparables ! Le décret créant

la Réserve en 2000 se fixait entre autres cet objectif: 

 

« Développement économique et humain durable sur les plans socio-économiques et économiques. Le Parc Naturel de Somiedo n’a pas pour seul objectif de protéger les valeurs naturelles et le paysage de

ce milieu, mais aussi de sauvegarder les formes traditionnelles de vie de la population locale. Ainsi, le cadre légal de protection du Parc inclut déjà /…/ la nécessité d’assurer le développement des activités

traditionnelles. »

Voyons les résultats. Au niveau démographique déjà, la création de la Réserve n’a pas suffi à freiner la décrue que le Parc existant n’avait pas davantage empêchée (en italique gras dans ces tableaux la date de

création de la Réserve et celle de la dernière statistique connue), au mieux un légère inversion en 2006, à  confirmer bien sûr :

 

Le nombre d’exploitations agricoles lui, était déjà sur une pente dégressive, la décrue s’est accélérée :

 

Quant aux productions: le rapport SIMOGAN 2004 indiquait dans sa conclusion que celle du lait de

vache avait disparu a Somiedo, sans doute n’était ce pas une des ces “activités traditionnelles” à développer. Le

seul élevage conséquent y est celui des bovins-viande: leur nombre a relativement fluctué entre 1998 et 2006,

mais il reste autour d’une moyenne annuelle de 6279 bêtes.

Année 1991 … 2000 2001 … 2003 … 2006

Réserve

Asturies 1 093 937 1 076 567 1 075 329 1 075 381 1 076 896

Somiedo 1 793 1 621 1 616 1 541 1 544

Asturies – Ours – Développement économique 2/2

Bruno Besche-Commenge – ADDIP – novembre 2007

Par contre, l’élevage ovin et caprin n’a cessé d’y décroître ces dernières années au point d’être devenu

totalement résiduel. Les tableaux ci-dessous indiquent ces évolutions:

Année Exploitations

A Somiedo

OVINS Animaux par

exploitation

2000 9 378 42

… 2005 6 85 14,17

2006 24 121 5,04

Année

Exploitations

A Somiedo

CAPRINS

Animaux par

exploitation

2000 7 231 33

… 2005 7 217 31,00

2006 6 22 3,67

On passe ainsi d’un total de 609 ovins+caprins en 2000, à 143 en 2006, mais peut-on encore parler

d’exploitation pour ce qui n’est plus que distraction, 5 brebis comme 5 poules au fond du jardin.

Plus de lait, perte d’exploitations, quasi disparition des chèvres et des brebis, on est très loin de la

« nécessité d’assurer le développement des activités traditionnelles. »

En 2006, Palomero García, en fut alors réduit à proposer cette solution : « hay que poner al oso a

producir » (il suffit de rendre l’ours productif) ! Ce qui conduisit un éditorialiste de El Comercio digital à en

conclure : « il nous a montré clairement qu’il dirige non pas une ONG conservationniste mais une entreprise qui

ne cherche qu’à rentabiliser l’ours »

(http://www.elcomerciodigital.com/pg060617/prensa/noticias/OpinionCartas/200606/17/GIJ-OPI-163.html)

La polémique fut telle que le coordonnateur de la Fondation dut intervenir sur le forum de discussion d’un

autre quotidien asturien (La Nueva España) pour répondre aux questions des lecteurs. Impossible de tout citer

(voir : http://mas.lne.es/encuentros/index.php?encuentro=15), mais ces quelques passages sont révélateurs:

- réponse à la question 5 : « nous pensons qu’il est nécessaire que la population locale perçoive

l’ours comme générateur d’activités économique, et cela y contribuera »,

- quant à la réponse à la question 9, pour que les ours ne soient plus en danger, « il faut mettre en

oeuvre de nombreuses initiatives (éviter qu’ils ne soient tués par certaines personnes, restaurer l’habitat,

éviter sa fragmentation …), et parmi ces initiatives il est nécessaire aussi de promouvoir le

développement rural dans les zones à ours, en utilisant l’ours et son habitat. »

Il semble quand même, à lire ces réponses et voir les évolutions statistiques, que, pour la sauvegarde de

l’ours lui même, et plus encore pour le développement des « activités traditionnelles », il n’y ait pas de miracle.

Et si Somiedo aujourd’hui construit son économie autour de l’exploitation touristique de l’ours (hay que poner a

producir), c’est son choix. Mais ce modèle qui s’explique pour les raisons historiques que nous avons indiquées

rapidement au début, n’est pas généralisable à des massifs entiers.

Serait-ce d’ailleurs souhaitable, n’y a-t-il pas aussi autre chose à « produire » en montagne, et

notamment la richesse d’une biodiversité agricole et de races d’élevage autochtones, atouts majeurs du

développement durable comme le soulignent les groupes 2 et 4 du Grenelle de l’environnement?

Année 1998 … 2000 … 2004 … 2006

Bovins à

Somiedo

6 175 6 315 6 911 6 388


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyage d'Etude au parc d'Adamello-Brenta, Italie - Décembre 2007

Dans le cadre des voyages d'étude préconisés par la Secrétaire d’Etat à l’Ecologie lors de sa venue à Toulouse le 26 juillet, quatre représentants de l’ADDIP ont participé au déplacement organisé dans la réserve à ours d'Adamello Brenta  en Italie.

 

Présentation complète du voyage

l'article de notre site ami pyrenees-pireneus.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’OURS EN NAVARRE AVRIL 2008

Introduction et traduction B. Besche-Commenge ASPAP/ADDIP 28 avril 2008

Introduction

En ce début de printemps, l’ours fait à nouveau la une des journaux de Navarre.

Le vieux « Camille » a réapparu, malade, et les gardes qui l’ont vu craignent pour sa vie : il est

en effet atteint de gale, « la sarna », d’une façon très prononcée, qui l’affaiblit beaucoup compte tenu

de son âge avancé, 25 ans.

Selon les mêmes gardes, le suivi des traces du nommé « Aspe-Ouest » qui serait âgé d’une

15aine d’années ( ?) et circule entre France et Aragon, laisserait penser ( ? ) qu’il est passé par la

réserve naturelle de Larra, sur le territoire navarrais d’Isaba.

« Camille », au pelage déjà bien atteint par la gale, photo prise par les gardes de

l’Environnement, le 9 avril dernier. © diariodenavarra.es

Les deux entretiens que nous traduisons ci-dessous montrent bien comment, en Navarre aussi,

l’animal est perçu. D’un côté, le Président de la Junte de Roncal, entrepreneur de profession, qui,

après une période de désarroi, voit plutôt l’ours comme une source d’argent et un produit d’appel

touristique, mais regrette le secret qui entoure les déplacements de l’animal.

De l’autre un éleveur de brebis, fabricant de fromage, pour qui l’animal est un problème par

l’angoisse qu’il génère, les menaces concrètes qu’il fait peser sur les troupeaux, mais aussi pour une

raison plus profonde : l’ours est devenu le moyen, pour « institutions et écologistes », de s’approprier

la gestion d’un espace en lieu et place de ceux qui y maintiennent une biodiversité agricole et

ordinaire très riche, à partir de races rustiques et de pratiques pastorales adaptées.

L’analyse de cet éleveur, plus connu sous le sobriquet de sa maison « Marengo », rejoint

exactement celle de ses semblables du versant français des Pyrénées. C’est effectivement d’un choix

de civilisation qu’il s’agit : continuer, en l’adaptant au nouveau millénaire, cette très ancienne

civilisation pastorale qui a construit à la fois des hommes, des cheptels, des milieux, ou recréer cette

nature sauvage que supposerait une population d’ours suffisante pour être naturellement viable.

Viable « par nature », car, sans cela, à quoi joue-t-on ?

Comme c’est le cas dans tout autre vallée pyrénéenne, Navarrais est maître chez lui, mais le

problème ours « par nature » dépasse le cadre valléen. L’ours est différent d’un pylône de remontée

mécanique en cela qu’il a quatre pattes mobiles: les choix d’une vallée ont donc des conséquences

pour les vallées voisines ; les éleveurs du versant sud le savent bien, confrontés aux ours slovènes

que notre pays leur a expédiés en les important chez nous.

Et si certains, là bas comme chez nous, voient dans l’ours une fontaine à euros, je ne suis pas

sûr que cet arrosage, en Navarre comme ailleurs sur les deux versants de la chaîne, suffise à justifier

la perte d’une civilisation, déjà bien menacée sans avoir besoin d’y ajouter cela.

Surtout lorsqu’on sait que toute source et la fontaine qu’elle alimente ont très vite fait, « par

nature », et particulièrement lorsqu’elles sont budgétaires … de tarir.

Traductions

AGAPITO BOJ GÁRATE, PRESIDENT DE LA JUNTE GENERALE DE LA VALLEE DE RONCAL:

“J’AIMERAIS QUIL Y AIT MOINS DE SECRETS.”

ASER VIDONDO . RONCAL Dimanche, 27 avril 2008

Agapito Boj Gárate est entrepreneur, il a été maire de Roncal au

cours de quatre mandatures (de 1983 à 87, puis en continu depuis 1999). Il a 70 ans et, en outre,

assume la charge de principale autorité de la Vallée de Roncal, dont il est président de la Junte

Générale.

A votre avis, la présence de l’ours est-elle bonne ou mauvaise ? A qui vont les bénéfices, à qui

les préjudices ?

Elle est bonne quant à l’argent qui arrive dans la vallée pour les éleveurs qui pâturent dans la

zone de l’ours et pour ceux qui sont attaqués, et aussi pour les sommes investies dans des couloirs de

contention pour le bétail, des cabanes, des réfections de pistes …

Pourtant les éleveurs sont les plus lésés.

C’est ainsi, mais il faut qu’ils s’habituent à la présence de l’ours ici, et pour ça on doit les aider.

Tous ne s’opposent pas frontalement à l’ours. Ce qu’ils veulent c’est qu’il ne leur cause pas de dégâts,

et ne pas vivre dans la crainte qu’il apparaisse à tout moment.

Récemment, un second ours a « visité » la Navarre, comme il l’avait fait l’an dernier (c’est

l’individu Aspe-Ouest, qui passe la majeure partie de l’année à Huesca et en France). Comment

prendriez-vous le fait qu’il s’installe à Roncal quand mourra Camille ?

Je n’en sais rien, mais le changement sera minime. Un ours à la place d’un autre. Et nous en

serions au même point : les uns pour, les autres contre.

Vous vous souvenez des débuts de Camille en Navarre ?

Ce furent des mois assez incertains, de désarroi dans la vallée. Il y avait des années que nous

n’avions plus d’ours dans le Roncal, et les gens avaient perdu l’habitude d’être obligés de cohabiter

avec un de ces animaux. Pourtant, dans mes années de jeunesse, je me souviens d’avoir vu à la chasse

des traces d’ours dans les bois et les montagnes. Ici, il y a eu des ours de toute la vie.

Récemment une journée d’information et de sensibilisation a eu lieu dans la vallée sur ours et

tourisme. C’est épatant. La seule chose que je demande à l’Environnement, c’est qu’ils informent bien

les gens afin que nous sachions ce que nous avons dans nos montagnes. J’aimerais qu’il y ait moins de

secret.

D’une certaine façon, on voit qu’on peut profiter de l’ours pour développer le tourisme ?

Bien évidemment. Il est normal d’aider les initiatives touristiques qui surgissent, quelles

qu’elles soient, même liées à l’ours, et de faire des brochures sur l’animal et sur la vallée. Il me semble

que c’est une bonne façon de faire la promotion de notre territoire d’une manière différente.

http://www.diariodenavarra.es/20080427/navarra/me-gustaria-hubiera-menossecretismo.

html?not=2008042702125982&idnot=2008042702125982&dia=20080427&seccion=navarra&seccion2=sucesos

&chnl=10

JOSÉ MANUEL MARCO GARCÉS, ÉLEVEUR : « IL Y A DAVANTAGE DE BIODIVERSITE

SANS LOURS QUAVEC LUI »

ASER VIDONDO . RONCAL Dimanche, 27 avril 2008

José Manuel Marco, éleveur et producteur de fromage à Isaba, est

âgé de 52 ans. Il fait partie de la vingtaine de Roncalais affectés par les attaques de Camille. Il possède

450 brebis de race latcha et, entre celles tuées par l’ours et celles disparues, en a perdu 70 depuis 1998.

Il dit ressentir à la fois « une certaine crainte », « de la rage» face à sa présence dans la vallée, et une

forte méfiance à l’égard des institutions et des écologistes.

Comment ça se passe avec l’ours en Roncal ?

Totalement négatif pour l’élevage traditionnel.

Est-ce que votre opinion a changé en dix ans ?

Non. Toujours aussi mauvaise. Certes, il tue moins de brebis, mais pour la simple raison qu’il y

en a de moins en moins dans les pâturages de montagne, et pour des périodes de plus en plus courtes.

Ceux qui défendent l’ours, comme le FIEP français, nous accusent de laisser divaguer nos brebis parce

que nous ne sommes pas 24 heures sur 24 derrière elles, mais c’est invivable !

En quoi l’apparition de Camille change-t-elle votre vie ?

Je vois qu’il y a des gens qui viennent me commander, sur ma propre terre, et qui se croient

gestionnaires du milieu. Et je le dis parce que nous sommes plusieurs à penser que cet ours n’est pas

autochtone, ni qu’il vient d’une autre zone des Pyrénées, mais qu’il a été introduit. Ici, personne ne

nous a informé sur les résultats des prélèvements d’ADN effectués en 98. Et son comportement, si

agressif pour le bétail dès la première année, confirmerait cette hypothèse : on a très vite retrouvé ce

comportement chez les ours introduits par la France ( 1 )

Ils disent qu’il est vieux et risque de mourir bientôt, que cela signifierait, entre autres, que les

éleveurs cesseraient alors de recevoir des compensations. Mais ces aides sont mal conçues. Nous ne

voulons pas de cet argent comme ils le donnent, pour avoir le droit de pâturer simplement à tel endroit

et pour chaque brebis morte, mais nous voulons qu’ils paient les dommages réels quoique … ce serait

bien plus cher. Il faudrait qu’ils compensent le fait que nous devons quitter telle montagne parce que

l’ours s’y promène, la valeur génétique des animaux morts, les heures en surnombre passées à veiller

les bêtes, l’incertitude quant au futur …

L’an dernier des infrastructures ont été aménagées pour améliorer la « cohabitation » avec

l’ours. Comment les évaluez-vous ?

C’est une tromperie. Ils ont aménagé deux cabanes, l’une à un endroit où il y en a déjà une autre

en train de se démolir, mais ce sont des cabanes pour randonneurs plutôt que pour nous autres. Il n’y a

pas le moindre bâtiment pour les bêtes. Quant à l’aménagement des pistes, il se limite à deux que

l’Environnement a refusé d’habiliter peu de temps après, allant jusqu’à en fermer une.

Les experts assurent que l’ours est un symbole de la santé environnementale d’un territoire

Oui, mais il y a davantage de biodiversité sans l’ours qu’avec lui. Il mettra fin à l’élevage

extensif des races autochtones comme la Latcha, la Béarnaise, l’Aranaise, etc …puisqu’ils nous

obligent à les enfermer dans des parcs, et ils font perdre tout espoir à la jeunesse.

Quelle solution voyez-vous pour que l’ours ne perturbe pas vos activités ?

Les enfermer dans de grands espaces libres des Pyrénées, comme l’a proposé la municipalité

d’Isaba en 1998.

Et comment faire ?

Ça, c’est le problème des institutions politiques. Nous autres, nous avons déjà beaucoup à faire,

et tout seuls, pour nous gagner la vie

http://www.diariodenavarra.es/20080427/navarra/hay-biodiversidad-sin-osoel.

html?not=2008042702125981&idnot=2008042702125981&dia=20080427&seccion=navarra&seccion2=sucesos&chnl=10

( 1 ) Note du traducteur: Rappelons ce fait: à partir notamment des documents du Ministère Slovène de

l’Environnement nous avons prouvé que les ours slovènes étaient abondamment nourris de carcasses de bétail,

et cela depuis le XIX° siècle. Le fait était connu, au moins depuis les années 80 (cf Cl. Dendaletche « L’ours brun

– Pyrénées, Abruzzes, Monts Cantabriques, Alpes du Trentin » -ISSN 0755-723X, pp. 60 e.s.). Il était connu des

responsables des importations de 1995, Etat Français, ADET, Ferus (à l’époque Artus) et FIEP, qui

décidèrent alors de ne pas diffuser les informations sur le comportement alimentaire de ces ours.

Dans son livre, Cl. Dendaletche écrivait déjà que les problèmes deviennent très graves lorsque ces ours

passent dans les régions autrichiennes voisines de la Slovénie, Carinthie et Styrie de l’Ouest, où ce nourrissage

n’est pas pratiqué (p.62).

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 Oriente - 26.04.08 - IKER CORTÉS

http://www.elcomerciodigital.com/gijon/20080426/oriente/ganaderos-picos-europa-reclaman-20080426.html

 El commercio digital - Avril 2008

Les éleveurs des Picos de Europa exigent un contrôle plus important des populations de sanglier. C’est hier qu’a commencé la montée des 5000 bêtes qui estiveront dans le secteur. Les cochons sauvages ont abîmé une grande partie des maigres pâturages des montagnes de Covadonga.

Pour les éleveurs des Picos de Europa, il ne fait aucun doute que la ruine des pâturages par les sangliers vient à présent s’ajouter au manque de relève générationnel qui a fait chuter la quantité de bétail dans les montagnes de Covadonga – environ 5000 bêtes y pâtureront cette année, une centaine de moins que l’an dernier.

 Ce qui aurait dû être une fête pour tout le haut pays – la montée des bêtes dans cette enclave paradisiaque – a pris un arrière goût très amer lorsqu’on a constaté ces problèmes, ils viennent s’ajouter aux soins et au travail que demande un troupeau de bovins. Le problème n’est pas qu’il y ait moins de bêtes, mais dans les raisons qui expliquent cette baisse : « entre les pâturages qui se portent très mal, et les dégâts causés par les sangliers, certains éleveurs préfèrent attendre un peu avant de transhumer, et, pour l’instant, ils ne montent que les vaches sans veaux, et les contestataires, celles qui ne supportent plus de rester en bas quand arrive la saison d’estive », explique Ángel Labra, l’un des éleveurs concernés, qui vient depuis Oceña.

 

Hier, tous les professionnels partageaient ce diagnostic, et ils demandaient à l’Administration des moyens pour contrôler les populations de sangliers. Mais quelques uns, comme José Miguel Combra, qui vient de Labra, cédaient au découragement ; alors qu’il  arrivait aux environs du lac Enol, il soulignait : « Il y a si longtemps que nous nous plaignons qu’il vaut mieux ne plus rien dire ». Il ne fait aucun doute que le manque de pluie et de neige n’a pas permis aux pâturages de pousser normalement, et José Miguel ajoute : « si en plus les sangliers nous en ravagent 50% en les labourant, alors il n’y a plus qu’à fermer la porte et partir ».

 

José Manuel Huerta se montre lui plus tranchant. Il monte d’Igena et affirme avec fermeté: « Bien sûr qu’il faudrait chasser davantage de sangliers ». Et alors qu’il s’inquiétait de la maigreur des pâturages et de la présence envahissante du matorral / fourrés, buissons ras, arbustes /, il était cependant bien conscient que « c’est difficile de les contrôler, nous allons le faire ». Auparavant, le jeune Andrés Sanchez, qui passait au même endroit, ne laissait aucune place au doute : « Ce serait bien qu’on tue tous les sangliers »  disait-il, tout en s’allumant une cigarette dans la montée de la Cuesta de la Güesera.

 

Et les loups ?

 

Et comme si ça ne suffisait pas, un autre sujet inquiéta les éleveurs pendant toute la journée. Un berger assurait avoir vu, l’avant veille, une paire de loups vers la Cuesta de la Güesera. Si c’est exact, il n’y a pas d’autre solution « que de les tuer », affirme Ángel Labra, parce qu’il n’y a pas de place pour les deux : « là, c’est une guerre comme les Juifs et les Palestiniens, incompatibilité totale. Ou on en finit avec les bergers, ou on en finit avec les loups ». Et il cite cet exemple : « ce n’est pas normal que tu aies un troupeau de brebis, et que dans la nuit un loup puisse t’en tuer une trentaine ». Quant aux compensations financières, elles arrivent « tard, mal, et jamais. Et il n’y a aucun équivalent entre l’argent qu’il peuvent te donner, et le fait d’avoir élevé une bête ».

 

De toute façon, « nous, on ne veut pas vivre de ce qu’ils nous paient, mais de notre travail », assure Labra. Son frère, José Benito Labra, commente avec ironie que « autrefois, pour voir un loup, il fallait que j’aille au zoo », et il suspecte quelqu’un de les avoir introduits dans la montagne de Covadonga.

 

« Ils le détruisent complètement »

 

Les deux frères étaient tout aussi mécontents du programme de protection et conservation des Picos de Europa. Pour eux : « ils ne conservent absolument rien », au contraire « ils sont en train de le détruire complètement ». Et c’est un fait que « pour conserver une maison, tu es obligé de réparer le toit et faire d’autres travaux si tu veux la garder intacte, sinon le passage du temps se marquera de plus en plus, jusqu’à ce qu’elle s’écroule ». Aussi ne comprennent-ils pas que « sous prétexte de conserver la montagne dans son état actuel », on ne puisse pas attaquer des travaux de débroussaillage. « Là oui, on pourrait retrouver le Parc National des Picos de Europa comme il était il y a quatre vingts ans, mais ils ne nous le permettent pas ».

 

Traduction : B.Besche-Commenge, ASPAP/ADDIP.

 

Embroussaillement, « matorral » qui rend les lieux impraticables, bétail tué par les loups : mêmes causes, mêmes effets dans les montagnes qui servent de contrefort aux Picos de Europa, la Sierra de Cuera.

Les éleveurs victimes de cette « destruction » à la fois du milieu et de leur outil de travail, distribuaient il y a deux ans le tract ci dessous. On pouvait y lire :

« AVANT … APRES

         avant et après la mauvaise gestion du milieu par le Ministère de l’environnement : il sacrifie l’entretien de la nature que jusqu’à présent les troupeaux assuraient, et favorise ainsi l’extension du matorral /fourrés, buissons ras, arbustes/,  proie des incendies qui ravagent aujourd’hui les montagnes et forêts asturiennes »

 

 

 

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Picos de Europa = Alpes = Pyrénées – Brebis et milieux

 Bruno Besche-Commenge, août 2007

En plein au coeur de notre problématique, traduction d’un extrait de : Jaime Izquierdo, Gonzalo Barrena, Marqueses, funcionarios, políticos y pastores –Crónica de un siglo de desencuentros entre naturaleza y cultura en Los Picos de Europa - Red Asturiana de Desarrollo Rura, Red Cantabre de Desarrollo rural – Ediciones Nobel, 2006.

Enorme problème dans toutes les communautés autonomes des Monts cantabriques, et les voisines par extension, avec les loups qui attaquent ovins, bovins, caprins, équins, et ont même dévoré des veaux dans les étables en plein milieu des villages. En estive, certains éleveurs abandonnent même, alors qu’ils étaient lancés dans des opérations de relance des races autochtones indissolublement liées à ces milieux et aux modes de pâturage spécifiques (il est même fait mention du pb dans un document de la FAO consacré à une de ces races, la chèvre berneya. C’est dire la gravité du pb, en contradiction totale avec toutes les directives de la FAO comme de la CE pour la relance de ces races in situ)

  

1) – Les auteurs:

 Gonzalo BARRENA est professeur de philosophie et achève une thèse sur “Les bergers des Picos de Europa” dans le cadre du programme “Analyses territoriales” du département de géographie de l’Université d’Oviedo.

 Jaime IZQUIERDO est Chef de Service du département “Technologie” du SERIDA = en traduisant, Service Régional de Recherche et Développement Agro-alimentaire de la Principauté des Asturies (autonomie espagnole). Spécialiste de biodiversité et développement durable, il a notamment écrit, en 2002, un “Manuel pour les agents du développement rural”.

Il est intervenu en tant que professionnel devant la Commission Agriculture et Dév rural du Parlement européen, à Bruxelles, le 15 mars 2005. Voici un extrait traduit de sa conclusion: “Il existe une intelligence rurale, une culture, un savoir-faire qui sont le fruit de l’interaction entre la société rurale et son milieu. Ces savoirs ont une importance stratégique et décisive et doivent être sauvés, restaurés, réhabilités et modernisés afin de garantir le développement rural et la conservation de la biodiversité. Beaucoup de jeunes ruraux peuvent trouver en eux des formules pour vivre avec qualité dans des milieux ruraux, alternatives à la vie urbaine”.

En février 2007, il a été invité par l’Institut Interaméricain de Coopération pour l’Agriculture (IICA), la Chambre des Députés mexicaine et le Centre d’Etudes pour le Développement Rural Durable et la Souveraineté Alimentaire (CEDRSSA), à faire partie du groupe de 8 experts internationaux (dont un représentant de la FAO) chargés d’évaluer le programme mexicain intitulé “Prospectivas de la Ley de Desarrollo Rural Sustentable”.

 

(Je les ai longuement rencontrés lors de mon séjour dans les Asturies, fin août début septembre 2007; nous restons en contact et réfléchissons à des projets communs unissant Asturies et Pyrénées)

 Voici donc la traduction des pages 140-144 du livre de ces deux auteurs. Remarquable analyse de la façon dont le prédateur ne tue pas seulement du bétail mais détruit tout un système « agro-techno-pastoral » garant de biodiversité, développement durable et préservation des paysages:

 

 2) Traduction :

 

« Marquis ( 1 ), fonctionnaires, politiques et bergers – Un siècle de rendez-vous manqué entre nature et culture dans les Picos de Europa », Jaime Izquierdo, Gonzalo Barrena Ediciones Nobel, 2006.

Pages 140-144, traduction :

 

« Les peuples pastoraux sont en général profondément conscients de la relation entre les pratiques de pâturage du bétail, et la façon dont les jeunes bêtes intériorisent une mémoire des lieux au cours de leur période de formation, tout en suivant leurs mères, elles-mêmes bien adaptées à ce milieu.

“Le troupeau doit savoir  « être » bien en montagne”, comme le dit si bien Victor Suero, berger de Ceñal. Et ce verbe « être » /estar/, il est impossible de savoir s’il est la cause ou la conséquence de l’appel auquel répondent les bêtes chaque printemps, et de la façon dont alors les bergers les dirigent. En effet, quand arrive le mois d’avril, “les brebis sentent la montagne”, et il devient très difficile de les retenir dans les zones d’hivernage.

C’est ce comportement qui rend crucial le choix des animaux lorsqu’on renouvelle les bêtes d’un troupeau, et oblige à se fournir sur des marchés très éloignés, seule façon d’éviter que des chèvres ou des vaches, bonnes marcheuses, entreprennent ensuite de revenir vers la montagne qu’elles connaissent.

 

Les raisons de ce comportement, et d’autres tout aussi vitaux, il faut les rechercher dans ce complexe processus de mémorisation de règles qu’intègrent les troupeaux adaptés à la vie dans les Picos de Europa. En découle une occupation efficace des pâturages en fonction de la variété des emplacements. Une des idées clés du berger se traduit par le concept de “faire troupeau /hacer rebaño/”, c’est à dire :

 

-          contrôler les saillies afin de concentrer les mises-bas en février ;

-          sélectionner les agnelles et chevrettes qui feront partie du troupeau ;

-          mettre en relation bêtes et territoires à partir d’itinéraires d’aller et de retour ;

-          définir aussi bien les zones de repos ou de séjour que les circuits quotidiens autour de la “majada” /en montagne, ensemble constitué par les cabanes des bergers, les parcs, un point d’eau, des frênes lorsque l’altitude le permet, où l’on trait les bêtes matin et soir et fabrique le fromage/, en prêtant une attention particulière au rôle de guide joué par les femelles adultes.

 

Mais tout ce système s’écroule lorsque des prédateurs aussi efficaces que le loup pénètrent de manière systématique au milieu des troupeaux. Alors les chèvres, comme on dit en asturien “se engarman”, se réfugient dans des lieux escarpés, et adoptent des comportements de plus en plus sauvages, comme les isards ou les chamois. Le berger ne peut plus contrôler les déplacements du bétail, et le troupeau, poussé par l’impérieuse nécessité de se protéger du danger, devient ingérable.

 

Chez les brebis, le résultat est ravageur : les prédateurs tuent beaucoup plus que nécessaire pour se nourrir. Parmi celles qui en réchappent, les unes restent blessées, les autres accidentées par les dérochements que provoque la panique, et beaucoup se perdent, désorientées.

 

Ainsi, dans ce milieu que constitue un troupeau laitier de petit bétail – un des éléments clés du paysage des Picos – une population de loups installée produit des effets dévastateurs. Dans la conjoncture actuelle du pastoralisme, elle génère un grave impact écologique. Sans compter la démotivation qu’entraîne chez les bergers les dommages subis, ni le manque de considération pour les sentiments qui les lient à leurs animaux (sentiments ignorés par les bureaucrates qui s’en rendent très difficilement compte).

Et n’oublions pas les aussi onéreuses qu’inefficaces mesures de protection au moyen desquelles on essaie de faire taire leurs revendications.

 

D’autre part, les mesures financières de compensation ne règlent pas le problème. Les animaux en effet sont à la fois eux-mêmes et le contexte dans lequel ils ont acquis et expriment leurs potentialités. Comme nous l’avons expliqué en plusieurs parties de ce livre, ici les troupeaux sont le produit d’un long processus d’évolution : la façon de tenir ces bêtes, les caractéristiques qui les définissent, sont étroitement liées à des modes d’apprentissage et de détermination des comportements. On peut tout à fait considérer ces espèces animales comme des productions biologiques adaptées à ce difficile terroir, où, chaque printemps, les femelles réactualisent leur double valeur, laitière et nourricière.

La politique actuelle de compensation n’évalue pas correctement du tout l’intégralité des dommages que même un simple petit groupe de loups peut occasionner à la biodiversité des Picos, entendus comme paysage culturel d’une très grande valeur ( 2 ). Ajoutons que, lorsqu’un troupeau laitier est victime d’une attaque, c’est la ligne de flottaison de l’entreprise qui subit de plein fouet le dommage, mais cette dernière devra attendre plusieurs mois avant de se remettre pleinement à flot, et parfois tout l’été.

 

Le préjudice ne peut donc pas être mesuré simplement en termes de compensation économique. Problèmes et solutions sont bien plus complexes. Si un fonctionnaire, un chercheur ou quelque technicien, est victime de dommages irréparables à ses archives ou documents originaux, dont il ne possède pas de copies, à quoi lui sert d’être indemnisé pour acheter un nouvel équipement, même six mois ou un an plus tard ?

De la même façon, le berger doit réadapter les bêtes blessées ou effrayées, réussir à retrouver un équilibre dans le troupeau, à retisser les liens entre les bêtes qui bien souvent se sont alors rompus. Et si les pertes sont définitives, il doit reprendre à zéro tout le travail qui permet à son troupeau d’être adapté à ce milieu qui, il faut le rappeler, n’a rien à voir avec la simplicité d’une étable.

De la même façon encore, on n’a jamais pris en compte dans l’estimation des préjudices, l’interruption de la production fromagère, ni encore moins le grave dommage patrimonial que subit la collectivité lorsque, complètement démoralisé par l’action des loups, l’un de ces derniers fromagers de montagne abandonne définitivement.

 

Toutes ces questions supposeraient un minutieux travail d’analyse, d’examen des nuances, rarement envisagé dans les officines froides et distantes, assez éloignées en général du travail délicat qu’exige la conduite des troupeaux fromagers en montagne. Pour mener le bétail au bercail, et en même temps l’amener à produire de façon rentable, le berger est le seul à savoir comment faire d’une mains sûre, savante, avec ses chiens « à la bouche douce » ( 3 ), pour finir ainsi avec un exemple supplémentaire de toute la finesse que nécessite cette adaptation au milieu.

Pour notre part, dans cet essai, nous ne prétendons nullement rendre compte de toutes les connaissances éthologiques des bergers des Picos dans leur façon de prendre soin de leurs troupeaux, vaches, brebis et chèvres. Ce n’est pas du tout par manque d’intérêt pour ces problèmes, mais au contraire par nos propres limites à en rendre compte correctement : c’est en effet un très vaste domaine du savoir, au bord de l’extinction sans que nul ne lui ait jamais dédié au moins quelques pages d’attention.

 

Pour l’instant, notre objectif est de montrer l’oubli scientifique et institutionnel dont souffrent ces connaissances décisives, alors qu’elles affectent directement l’écologie de la montagne, la conservation de la biodiversité, et celle d’un paysage où, comme en peu d’autres lieux, on peut observer une très ancienne synthèse entre nature et culture. /…./ »

 

 

« Marquis, fonctionnaires, politiques et bergers – Un siècle de mésencontre entre nature et culture dans les Picos de Europa », Jaime Izquierdo, Gonzalo Barrena – Ediciones Nobel, 2006. Pages 140-144, traduction B. Besche-Commenge.

 

22 août 2007

 

 



 

 

( 1 ) Note du traducteur:  “Marquis”, parce que Pedro Pidal (1869-1941), marquis de Villaviciosa, membre influent de l’aristocratie asturienne, en très bons termes avec le roi Alphonse XIII, fut le promoteur de la création du premier Parc National espagnol, celui de la montagne de Covagonda, dans les Picos de Europa en  1918. Comme le montrent les auteurs, création déjà totalement déphasée par rapport à la réalité des Picos : « paysage culturel » et non pas « paysage naturel », pour reprendre l’expression des auteurs.

 

( 2 ) Note du traducteur : “paysage culturel”, à  plusieurs reprises, les auteurs emploient par ailleurs le concept de “naturaleza culta”, on ne peut mieux le traduire que par “nature domestique”, en empruntant ces mots aux travaux de Philippe descola, anthropologue au Collège de France. Parmi ses nombreuses publications, souvent spécialisées:  La nature domestique – Symbolisme et praxis dans l’écologie des Achuar, Editions de la MSH, Paris, 1986.  La célèbre collection Terre humaine a publié de lui: Les lances du crépuscule – Relation Jivaros, Haute-Amazonie, Plon, 1993.

A mi-chemin de la “nature” naturelle, totalement sauvage, et d’une artificialisation totale des milieux, cette notion de “nature domestique” peut s’appliquer à la quasi totalité des milieux de montagne que les apôtres du sauvage considèrent comme simplement “naturels”, sans voir que, depuis le néolithique, les hommes les ont ainsi transformés en nature domestique.

( 3 ) Note de l’auteur: “boca dulce”, expression de Miquel Concha, berger de Enol. Il qualifiait ainsi un chien capable de se faire obéir d’une bête sans la mordre, et donc sans provoquer ni peur ni dommage. Cette qualité des chiens est essentielle dans des terrains difficiles et très accidentés, où une intervention brusque peut entraîner des chutes.

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Mai 2008. L'ADDIP, coordination pyrénéenne, dresse le bilan du plan-ours.

"Ecologie : un vrai problème manipulé de façon inquiétante. Bilan de la situation créée par le plan de conservation et de restauration de l'ours brun 2006-2009, et conséquences sur l'avenir du massif."

Nous avons le plaisir de vous présenter notre bilan de la situation créée par le plan ours 2006-2009. Il est le résultat de travaux de recherche et d’investigation, menés et réalisés par l’ADDIP (Association pour le Développement Durable de l’Identité des Pyrénées).

 Elus politiques et socio-professionnels, éleveurs, professionnels du tourisme et des activités de montagne, randonneurs, habitants des villages, scientifiques … L’ADDIP regroupe les associations départementales, et notamment l'ASPAP,  opposées à l’ensauvagement du massif que supposerait une population d’ours génétiquement autonome (de 300 à 500 individus).

Refusant de confondre l’écume et la marée, l’arbre et la forêt, l’ours et la biodiversité, nous avons réfléchi ce bilan globalement, en élevant le débat au-delà de la question simpliste « pro ou anti ours » dans lequel il eût été commode de nous enfermer. En 4 pages, nous vous proposons ci-dessous une présentation introductive : elle est  la carte qui dessine les grands axes de notre analyse. Une carte, ce n’est pas le paysage : aussi, nous vous invitons à la lecture complète de notre bilan,  à la rencontre des hommes et des territoires montagnards.

  Nous vous invitons à partager notre réflexion sur le passé, le présent de notre massif, et le rôle qu’il doit jouer dans l’avenir au croisement de ces deux défis mondiaux pour le nouveau millénaire : conservation de la biodiversité et développement durable. C’est l’enjeu que nous avons à défendre.

C’est aussi votre avenir, celui de nos enfants. 

Défendons le ensemble.                                               ADDIP, mai 2008                                                                                              

L’ADDIP remercie Bruno Besche Commenge, concepteur et rédacteur de ce rapport pour son enthousiasme, son énergie et bien évidemment, pour l’important travail réalisé.

Nous avons adressé ce bilan le 12 juin 2008 à Nicolas Sarkozy, Président de la République ; Jean-Louis Borloo, Ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et du Territoire ; Michel Barnier, Ministre de l'Agriculture et de la Pêche ; Nathalie Kosciusko-Morizet. Nous leur avons demandé à chacun audience.

 

Ecologie :

un vrai problème manipulé de façon inquiétante.

Bilan de la situation créée par le plan de conservation et de restauration de l'ours brun 2006-2009,

et conséquences sur l'avenir du massif."

LE BILAN COMPLET de L'ADDIP
A lire et télécharger ici

Nous vous invitons vivement à la lecture de l'intégralité du bilan, c'est un document unique et fondateur pour qui s'intéresse au devenir des Pyrénées.

 


PRESENTATION D'INTRODUCTION
AU BILAN DE L'ADDIP
A lire ci-dessous
et à télécharger en
 Version brochure imprimable ici

Présentation d'introduction au bilan de l'ADDIP : nous vous recommandons la version téléchargeable, au format " brochure" attractif et plus lisible que la présente page.

 Les numéros de pages renvoient au bilan complet, où chaque sujet est développé, analysé, et complété par les références des citations.

 

 

ADDIP, Coordination des associations de sauvegarde du patrimoine pyrénéen : Aspap 09, Adip 31, Aspp 65, Ftem 64

Siège social : Fédération Pastorale 5-7 rue du Cap de la Ville BP23 09000 FOIX

Zone de Texte:                                                           	ECOLOGIE :

                                                                                       




S O M M A I R E de cette présentation d'introduction

Zone de Texte: * Introduction ............................           page 1

Madame, Monsieur,

Nous avons le plaisir de vous présenter notre bilan de la situation créée aujourd’hui par le Plan-Ours  2006-2009, résultat de travaux de recherche et d’investigation, menés et réalisés par l’ ADDIP (Association pour le Développement Durable de l’Identité des Pyrénées).

Elus politiques et socio-professionnels, éleveurs, professionnels du tourisme et des activités de montagne,  randonneurs, habitants des villages, scientifiques … L’ADDIP regroupe les associations départementales opposées à l’ensauvagement artificiellement recréé du massif pyrénéen que supposerait une population d’ours naturellement viable.

Refusant de confondre l’écume et la marée, l’arbre et la forêt, l’ours et la biodiversité, nous avons réfléchi ce bilan globalement, en élevant le débat au-delà de la question simpliste « pro ou anti ours » dans lequel il eût été commode de nous enfermer. En 4 pages, nous vous proposons ici  la carte qui en dessine les grands axes. Une carte, ce n’est pas le paysage : aussi, nous vous invitons à la lecture complète de notre bilan,   à la rencontre des hommes et des territoires montagnards.

Nous vous invitons à partager notre réflexion sur le passé, le présent de notre massif, et le rôle qu’il doit jouer dans l’avenir au croisement de ces deux défis mondiaux pour le nouveau millénaire : conservation de la biodiversité et développement durable. C’est l’enjeu que nous avons à défendre.

C’est aussi votre avenir, celui de nos enfants. 

Défendons le ensemble.                                                                                                     ADDIP, Mai 2008

Introduction : comment penser,

et qu’y a-t-il à penser ?

Zone de Texte: Pour en savoir plus ... 
rendez-vous page 2 du bilan

 

 

Il sera question d’ours, de Pyrénées, mais de femmes et d’hommes d’abord. Ni les uns ni les autres ne sont de petits astres solitaires. Ils appartiennent, tous, à un système complexe, évolutif, très ancien mais un peu fatigué on le sait : notre planète Terre.

 Face aux enjeux du nouveau millénaire, réduire ce bilan au seul « ours », même devenu cause nationale semble-t-il, serait singulièrement réducteur, aux antipodes de la façon dont, pour nous limiter à lui, le récent Grenelle de l’Environnement a posé les problèmes dans leur complexité, avec toutes les incertitudes aussi de nos savoirs face aux défis de ce millénaire.

                                          Hommes, bétail, montagne, inséparables et calmes                                            


 

Zone de Texte: Pyrénées, pastoralisme,

 

Rendons ses droits à « la nature »,

Laissons faire « la nature » nous dit-on ... 

 Les Pyrénées ne sont pas naturelles ! Comme bien d’autres paysages français, elles sont “ le fruit d’une coévolution du travail de la nature et de l’homme ” (source : Grenelle de l’Environnement- Groupe 2)

   Ainsi les paysages, les belles pelouses qui font l’attrait des Pyrénées, sont le résultat de milliers d’année de transhumance. Cette flore qui semble naturellement si bien fixée et typique de chacune de nos vallées, de chacun de nos plateaux est une flore qui est née et qui se maintient grâce à la présence, chaque année répétée, de troupeaux d’animaux domestiques qui viennent y pacager.

"La transhumance est essentielle au maintien de la biodiversité" (source : ministère de l’Ecologie 2006)

Zone de Texte: Des questions ? Réponses  page 4 à 8

  

Que le mode de production dominant de la société industrielle, y compris agricole, ait dégradé les milieux est une réalité aujourd’hui reconnue par tous, même s’il est absurde de le réduire à cela.

  

A l’inverse, les modes d’utilisation agro-pastoraux du milieu pyrénéen se situent dans des logiques différentes, à la fois héritage de méthodes séculaires et résolument redevenues modernes parce que « durables ».

      La richesse pyrénéenne, biodiversité à visage humain, est un tout. Sa base vitale est le maintien et la relance d’un pastoralisme dans les formes qui permirent à ce milieu de devenir ce qu’il est.  Mais avec des visages adaptés au monde moderne.

Zone de Texte: Les hauts-lieux du pastoralisme Pyrénéen sont tous des hauts-lieux de la biodiversité

Alors que ni loups ni ours bruns ne sont espèces menacées, la fixation française sur ces espèces emblématiques est en fait totalement déconnectée des problèmes de fond de la biodiversité, et de modes de développement repensés, moins agressifs, « durables ».

Elle se situe à l’inverse des courants d’analyse, scientifiques et non idéologiques, sur lesquels le Grenelle de l’environnement a construit sa réflexion.

Les extraits de textes scientifiques internationaux publiés dans notre bilan démontrent comment la fixation sur ces espèces sauvages est un masque, qui, loin de répondre aux problèmes de fond de notre nouveau millénaire, oriente sur des voies contraires à celles recherchées. Et crée en même temps autant de drames, que de bien vaines situations conflictuelles.

      Attaque imputable à l'ours. Ariège, été 2007

 

Agriculteurs de montagne :

Producteurs, jardiniers ou indiens des Pyrénées ?

 

Recalés en tant que producteurs par la Politique Agricole Commune, uniquement repêchés comme « jardiniers des montagnes»,  les éleveurs pyrénéens voient aujourd’hui l’espace montagnard devenir biotope adapté aux grands carnivores, tandis que leurs cheptels ne seraient qu’opportunité supplémentaire au prédateur opportuniste (extraits du plan loup 2008-2012, page 6) Vont-ils devenir les « indiens » d’une « réserve de paysans » telle que le projet existe déjà dans les Asturies ?

Nous dévoilons dans notre bilan le plan conçu en 1997 qui fixe à l’Europe cet objectif : «des réserves naturelles de faune sauvage limitées ne sont pas suffisantes pour les grands carnivores ». « le contrôle de la totalité du paysage est indispensable à la conservation des espèces à territoire étendu » 

Le pastoralisme pyrénéen remplit une mission complexe et multiple : d’abord nourrir les hommes avec des aliments de qualité, mais aussi générer les externalités positives que permettent ces espaces, non pas “naturels” mais non-artificiels : agro-pastoralisme et tourisme de montagne, très ancienne conjonction dans les Pyrénées. Ce projet de 1997 a déjà commencé à être mis en œuvre, il menace directement toutes ces activités, et l’écrit clairement.

      Savoir des troupeaux,  savoir des hommes  :

     un système agro-pastoral

                   

Ariège, « escabot » en estive

Zone de Texte: page 33

 

 

Le système repose sur des savoirs agropastoraux aux antipodes de l’image qu’en donne l’ensemble des acteurs engagés dans le plan ours. Système de petits groupes de bêtes, les « escabòts », dispersés sur toute la montagne, et surveillés dans une forme de semi-liberté au croisement de quatre facteurs :  

-    ce que le milieu permet,

- le choix par les bêtes elles-mêmes des places de nourrissage, de chôme, de couchage, en fonction de besoins que, pour leur bien être, elles connaissent bien mieux que les hommes,

- la façon globale dont le berger, souvent un éleveur-berger dans les Pyrénées, entend gérer sur la saison l’ensemble de l’estive et des différents troupeaux,

-   les aléas de la météorologie.

 Ce système n’a rien à voir avec les soi-disant modes de garde anciens qu’auraient « oubliés » les éleveurs contemporains, rien à voir avec les formes de regroupement permanent ni le parcage que promeuvent identiquement les directives des plans ours et loups du programme LifeCoex et du Ministère de l’Environnement. Il est attesté, en Archives, depuis des siècles.

 Modifier ce système, c’est menacer directement les races autochtones sur lesquelles il s’appuie, en totale contradiction avec la Charte du Bureau des Ressources Génétiques Français : « la gestion à long terme des races à petit effectif est /…/ un enjeu majeur pour gérer durablement l’agrobiodiversité au sein des territoires /…/ ressources gérées dans leur milieu traditionnel de culture ou d’élevage qui, de fait, constitue la base génétique du champ couvert par l’agrobiodiversité  » .

       Début d’été pour cette vache race Gasconne

       et son veau à l’étage intermédiaire

   L’ours, espèce juridique à géographie variable

 

Les importations d’ours dans les Pyrénées, sont régulièrement présentées comme une obligation à laquelle la France ne saurait se soustraire du fait de ses engagements: Convention de Berne, Directive « Habitats ».

Tout engagement, tout traité se renégocie, c’est une constante de l’histoire, sinon nous en serions encore à la Conférence de Berlin où, en 1885, les puissances européennes se partagèrent l’Afrique.

Au demeurant, la Convention de Berne permet bien plus que la renégociation :

« 1 - Toute Partie contractante peut, à tout moment, dénoncer la présente Convention en adressant une notification au Secrétaire Général du Conseil de l'Europe. La dénonciation prendra effet le premier jour du mois qui suit l'expiration d'une période de six mois après la date de réception de la notification par le Secrétaire Général.»

Zone de Texte: L’Europe oblige-t-elle la France à importer des ours ? VRAI ou FAUX page 9 à 13

 

 

 

     -  La lignée pyrénéenne d’ours brun a disparu ... page 9

     - L’ours brun (ursus arctos) n’est pas recensé dans la liste UICN qui sert de référence mondiale pour l’inventaire des espèces menacées ... page 9

      - L’ours brun ne fait pas partie des espèces vulnérables ou en danger dans l’« aire du paléarctique occidental » que définit la Communauté Européenne pour le classement des espèces communautaires menacées. Plus de 130.000 ours bruns vivent dans ce territoire, qui s’étend de l’Oural à l’Afrique du Nord ... page 10

     - L’Europe à 26 abrite de nouvelles populations d’ours bruns, abondantes et en expansion ... page 12

 

RIEN dans ces textes ne justifie les opérations engagées soi disant parce que ces textes “premiers” nous y obligeraient. Glissements sur la rigueur scientifique des définitions, confusions sur les notions politico-historiques et la réalité biogéographique ... la démarche est étrange, et insoutenable.

Et l’on peut ajouter qu’à moins de réduire la biodiversité aux espèces emblématiques, bien d’autres espèces ont disparu ou quasiment disparu du territoire aujourd’hui concerné par la Convention, sans devenir pour autant cause nationale d’une urgence irrépressible. Que « la biodiversité des bactéries lactiques utilisées dans la fabrication du fromage /ait/ diminué de plus de 30 % en vingt ans », cette disparition suscite beaucoup moins que l’ours, la passion française, et européenne. Il est vrai que l’on s’est rarement, petit, endormi en serrant une bactérie dans ses bras.

 

Zone de Texte:   L’OURS, ESPECE PARAPLUIE ?

Zone de Texte:  page 13

 

 

Indirectement, certaines des associations militant en faveur des importations d’ours dans les Pyrénées reconnaissent cependant que l’ours pyrénéen appartient bien à cette espèce non menacée, par rapport à laquelle il ne présente aucune particularité. Ainsi, le 5 octobre 2007, sur le site de l’ADET à propos des ours retrouvés morts dans le Parc National des Abruzzes : « Si l'ours des Pyrénées ne constitue en rien une espèce, ni même une sous-espèce, l'ours des Abruzzes, dit marsican, présente lui /etc ..

Une autre justification a alors été inventée : l’espèce-parapluie. Cette image prétend refléter le fait que l’ours, placé en haut de la chaîne trophique, serait le garant de la qualité des milieux qu’il fréquente : un indicateur donné par la nature à l’homme qui, en le préservant, assure ainsi la préservation du milieu. De l’ex-URSS, à Tchernobyl en Ukraine, l’ours-parapluie a toujours été très abondant … il n’a jamais rien protégé du tout .

C’est normal, pour les scientifiques, l’ours est un prédateur opportuniste, et donc «  piètre indicateur biologique ».

Zone de Texte:  ... ou L’OURS, ESPECE ALIBI ?

 

Espèce non menacée, parapluie trouée, opportuniste piètre indicateur biologique. … mais alors … que reste-t-il de nos « am-ours » pour justifier un tel engagement partisan ?

 ... Il reste le marché, vendre, aux dépens s’il le faut de l’ours : l’ours comme produit d’appel.

 

L’ours espèce machine-à-sous … cette réduction d’une grande cause à de petits effets devrait inquiéter, au moins, les associations dédiées à cet animal. Une étude récente montre au contraire que, chez ceux qui veulent des ours, l’idée fait son chemin.

EUROPE : SYSTEME MODELE ?

Zone de Texte: page 19

 

S’appuyant sur l’idée « d’enclaves déterminées » où l’ours serait vendu comme produit d’appel, les Asturies et le Trentin devaient servir de modèle aux Pyrénées. A regarder les faits, ces exemples que le Ministère de l’Environnement français .propose à notre admiration ne sont pas ce paradis des ours, des hommes, et du développement durable.

 

 

Zone de Texte: Page 15

 

 

En France, l’ADET tente de valoriser elle aussi l’ours par la promotion d’activités respectueuses de l’environnement ... Louable intention, mais piètre résultat. Il suffit de comparer la production ovine de « broutard du pays de l’ours », simple marque commerciale, et celle de l’AOC Barèges-Gavarnie, au cahier des charges très strict pour les garanties du consommateur.

 

Zone de Texte: A lire page 23

 

 

Puisque l’Etat souhaite s’inspirer des expériences européennes, il serait bon qu’il entende aussi la conclusion du FAPAS, principale association de défense de l’ours cantabrique, au sujet des introductions « à la française ». Elle est sans appel : « la réintroduction, bien qu’elle soit faite correctement sur le plan technique, en réalité montre bien que les stratégies de conservation menées en dernière extrémité et à coups de millions investis pendant tant d’années, se sont achevées sur un échec».

OU ... SYSTEME D’INFLUENCES ? 

  Zone de Texte: Page 24

   

 

Cette déclaration a peu de chances d’être entendue par l’administration française de l’environnement. De rapports en missions parlementaires, élus et Inspecteurs Généraux dénoncent son « anormale proximité avec les milieux écologistes dont elle est en partie issue ». La question de l’ours est l’exemple même du traitement partisan et militant de l’administration dans ce dossier, qui a conduit les Pyrénées à une crise sociale sans précédent.

Zone de Texte: Page 25

 

Fin novembre 2007 la Commission Européenne de l’Environnement a adopté en interne un projet de loi visant à réglementer « les activités des représentants d’intérêts (lobbyistes) dans les institutions européennes ». La description de la situation présente est impressionnante : intrication entre services, conseillers, organes exécutifs, experts, et « représentants d'intérêts ("lobbyistes") » ;   «recours à des pratiques dénuées d'éthique », personnels et experts rétribués par divers organismes privés ou ONG, reconversion directe de fonctionnaires dans ces mêmes organismes sans aucune transition.

Cette intrication des réseaux prend toute sa dimension dans le programme européen LIFE-COEX, inconnu du grand public, dont l’objet est de « favoriser la coexistence entre les grands carnivores et la présence humaine » et qui entre autres, finance l’Adet et le WWF dans le cadre du programme ours en France.

 

Zone de Texte: Page 29

 

 

Les préconisations de ce lobby de l’ensauvagement se retrouvent, telles quelles, dans les évolutions actuelles les plus importantes de la nouvelle PAC, Politique Agricole Commune européenne. Cela parait invraisemblable, nous en apportons les preuves.

De même nous dévoilons les mensonges du plan ours, qui a caché à la population le nourrissage des ours importés de Slovénie avec des carcasses de bétail, ce qui  explique leur alimentation carnivore en France et leur absence de crainte vis-à-vis de l’homme. La Slovénie avoue elle-même chercher à se débarrasser des ours à problèmes en les « transférant vers des pays qui ont foi en la population d’ours slovènes » :  la France !

LA FRANCE A L’HEURE DES CHOIX

 

Zone de Texte: page 40

 

 

« Construire » l’ensauvagement dans des sites humanisés : nous montrons comment ce projet avance, tantôt en sourdine et tantôt exhibé. « Le contrôle de la totalité du paysage en faveur des grands carnivores », déjà dans les formes de la nouvelle PAC, menace agriculture, tourisme et activités de plein air.

Cet ensauvagement du milieu est contradictoire avec la préservation de ce vaste réseau pyrénéen des sites Natura 2000, reconnu de grande qualité alors même qu’ours et loups autochtones en ont disparu.

Loin de réduire la biodiversité aux seules espèces sauvages, surtout lorsqu’elles ne sont pas menacées, la Conférence de Rio, Agenda 21, accordent une place centrale à « la diversité actuelle des races animales pour faire face aux besoins futurs », et « aux connaissances du milieu et pratiques traditionnelles des populations autochtones ».

Nous appelons l’Etat et l’Europe au dialogue pour, avec leur aide, continuer à faire des Pyrénées ce que nos ancêtres en ont fait et que nous continuons:

- un lieu de productions alimentaires de qualité, où nous savons produire sans peser sur le milieu, et maintenir ces races autochtones redevenues enjeux du millénaire;

- un lieu de biodiversité à visage humain, à la flore exceptionnelle, à la faune riche et variée, même s’il n’y a plus d’ours;

- un lieu d’externalités positives, vivant, ouvert, et accueillant à toutes celles et ceux qui y trouvent, pour leur plaisir, beauté des sites, détente, activité de loisirs.

Début d’automne pour la race Brune des Pyrénées en crête,

calmes, seuls, tranquilles, elles et ils profitent

 

(c) ADDIP, Mai 2008

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17.10.2008

Élevage ovin, subventions, revenu des éleveurs

Remettons les pendules à l’heure

B.Besche-Commenge – ASPAP/ADDIP – 17 octobre 2008

téléchargez le dossier complet ici

 

Les sectes du sauvage proposent aux citoyens un argumentaire aux multiples facettes. L’une d’elle, ancienne et continue, est, dans la forme, moralement inacceptable, sur le fond tout autant malhonnête.

Le « raisonnement », si l’on peut dire, est le suivant : grassement arrosés par des subventions, produits de nos impôts, les éleveurs, ovins en particulier, doivent se plier à l’imposition des ours et des loups ; on paye ces éleveurs, ils nous coûtent cher (la spéculation aussi en ce moment, mais ça n’a rien à voir n’est-ce pas ?), ce n’est pas à eux de choisir ce que l’on veut pour cet argent, le nôtre.

 

Inquiétant discours, qui prostitue ainsi femmes et hommes : on paie, vous exécutez nos désirs. Le Code du Travail reconnaît un droit de retrait aux salariés en cas de danger grave et imminent, on n’est plus à l’époque où celui qui travaille était pieds et poings liés à celui qui payait son travail … qu’importe à nos talibans. Mais face au droit des ours, que pèsent les droits de l’homme : Ferus, dans le numéro du juin 2008 de sa « Gazette des grands prédateurs »,  parlait bien de « crime contre l’humanité » à propos de la mort de la dernière ourse pyrénéenne sous la balle d’un chasseur menacé par la bête.

 

Sur le fond c’est presque aussi grave.

Les documents statistiques que nous citons ci-dessous sont ennuyeux à lire : on peut, c’est vrai,  tout à fait s’en passer, et continuer à dire n’importe quoi sans savoir de quoi l’on parle. On peut aussi faire l’effort de se renseigner : ça reste quand même la base de l’exercice du droit de citoyen, le devoir de ce droit.

Ils montrent la réalité sociale, économique de ces « grassement subventionnés » qui devraient s’incliner devant les carnivores sauvages, à quatre pattes mais certains à deux pattes, et ceux-là prouvent que, oui, certains hommes sont un loup pour l’homme.

 On trouvera en bleu les liens où il suffit de cliquer pour se reporter aux documents que je cite. J’ai raccourci certains tableaux, très longs, pour n’en conserver que ce qui concernait directement notre sujet : l’élevage ovin. On retrouvera l’intégralité de ces tableaux en cliquant sur ces liens.

 En vert un peu gris, mes commentaires, parce que, au fond, vert-de-gris  et non pas du tout vert, c’est la couleur de ceux qui tiennent ce discours : il devrait interroger un peu, y compris dans leur propre camp, celles et ceux qui savent encore raison garder, et ne pas tout mélanger.

 

B.Besche-Commenge – ASPAP/ADDIP – 17 octobre 2008

 

Commission des comptes de l’agriculture de la Nation - Session du 1er juillet 2008

LES COMPTES PROVISOIRES

PAR CATÉGORIE D'EXPLOITATIONS POUR 2007

I )  –  l e s   r e v e n u s

 

Page 1 – « Les récoltes de céréales se réduisent pour la troisième année consécutive. Les prix s’envolent, tirés par le marché mondial sur lequel les stocks sont très bas. Dans ce contexte, le revenu des exploitations spécialisées en céréales, oléagineux et protéagineux double (+ 103,9 %). Celui des exploitations d’autres grandes cultures s’accroît moins fortement (+ 18,4 %), en raison des baisses de prix des pommes de terre et des betteraves. /…/

 

Exception faite des volailles et du lait, les productions animales connaissent une situation difficile. La légère augmentation du volume de la production de gros bovins et de porcins ne compense pas leurs baisses de prix. A l’inverse, la hausse des cours du veau ne permet pas de rattraper la baisse des volumes produits. De plus, la hausse sensible des prix de l’alimentation animale pèse fortement sur les charges d’approvisionnement. Le revenu s’inscrit donc en fort recul pour les exploitations d’élevage hors sol (- 38,4 %), ovins (- 31,8 %) et bovins viande (- 24,7 %) »

 

Commentaire: « ovins et autres herbivores », cette catégorie ne comprend pas les bovins, comptés à part. Ovins et caprins y sont  très majoritaires à côté des équins.

Les deux graphiques ci-dessous montrent que le revenu des éleveurs de cette catégorie est, depuis 1993, constamment inférieur au  revenu moyen de l’ensemble des exploitations agricoles, avec une dégradation de cette situation depuis 2003. Le second graphique montre plus particulièrement comment leur revenu est  même en recul pour les trois années 2004-05-06 par rapport à ce qu’il était en … 1991 ! Et c’était déjà alors un des deux revenus les plus faibles de toutes les activités agricoles.

 

Graphique page 8 - Élevage ovin et autres herbivores

 

 

 

Graphique page 10 – « Disparités et évolutions à long terme du revenu

L’augmentation du revenu agricole moyen par actif est de 1,5 % par an, en termes réels, entre 1990 et 2007, pour l’ensemble des exploitations professionnelles. Mais les situations sont très variables selon les spécialisations. »

 

Commentaires

1) - pour comprendre les tableaux:

les années écrites entre guillemets  (ci-dessus : "1991", "2006") correspondent à une moyenne calculée sur trois années, la date indiquée étant l’année centrale : "1991" signifie donc qu’on a fait la moyenne des revenus des trois années : 1990 + 1991 (année centrale) + 1992. Cette « moyenne triennale centrée sur l’année indiquée » - c’est son nom - est un procédé statistique qui permet d’atténuer les variations de nature conjoncturelle, celles  d’une année un peu anormale, non caractéristique.

La graphique ci-dessus compare donc la situation en 2005 + 06 + 07 ("2006" année centrale) à celle des années 1990 + 91 + 92 ("1991" année centrale)

Dans tous les tableaux, une date entre guillemets correspond à cette moyenne. Sans guillemets,  il s’agit de la date indiquée.

 

On trouve les deux dans certains tableaux. Par exemple : l’année qu’on étudie est 2007, on l’écrit sans guillemets. On va alors la comparer non pas à la seule année précédente, qui pouvait présenter des particularités exceptionnelles, mais, pour plus de sûreté, aux trois années précédentes : 2004 + 2005 (année centrale) + 2006. Comme 2005 est l’année centrale, on va écrire : "2005".

Dans le tableau on aura alors : 2007 / "2005" = on compare l’année 2007 (pas de guillemets) à la moyenne des trois années précédentes : 2004 + 05 (année centrale avec guillemets) + 06.

 

2) – le contenu :

« Agreste - Primeur», la revue du Ministère de l’Agriculture consacrée à la statistique agricole, indiquait  en juillet 2008 à propos des évolutions de l’année précédente :  « Hausses de revenu mais fortes disparités - Le revenu agricole moyen progresse de 17 % en 2007. L’envolée des prix des céréales et des oléoprotéagineux, favorise le revenu des producteurs de grandes cultures mais pèse sur celui des éleveurs. »

Page 2, elle publiait un tableau de l’évolution récente du revenu agricole, basé sur la comparaison des moyennes triennales centrées sur les années "2006" et "2003" (donc période 2002 à 2007), et sur celle des deux années calendaires 2007 et 2006. Pour les deux époques, l’évolution est catastrophique pour les éleveurs d’ovins, ce que la revue commente ainsi : « Fort recul du revenu pour les éleveurs ovins - Le revenu des exploitations ovines chute de 32 % en 2007. Les abattages sont moins nombreux et les prix se stabilisent. La non-reconduction des aides calamités sécheresse réduit aussi les ressources dans les zones concernées. En baisse annuelle moyenne de 5 % depuis 2002, le revenu des exploitations ovines atteint un point historiquement bas en 2007. Il représentait 70 % du revenu moyen agricole au début des années quatre-vingt-dix. Il en constitue désormais 50 %. »

 

 

Il faut bien noter que toutes ces données sont  calculées hors inflation (dans les tableaux suivants, on parle de euros courants).

La perte réelle est alors bien plus importante que ce que montrent ces statistiques.

 

Page 7-8 – « Élevage ovin et autres herbivores - Nouvelle baisse de la production

Le revenu par actif non salarié des exploitations d’élevage d’ovins et autres herbivores chute de 31,8 % cette année, après une sensible augmentation en 2006.

Le volume de la production ovine et caprine est en baisse de 3,7 % . Les abattages ont été moins nombreux, en particulier pour les ovins de réforme, et les exportations ont diminué. Les prix se stabilisent sur l’ensemble de la campagne : après avoir baissé en début d’année, ils remontent depuis l’été en raison des restrictions à l’importation des viandes en provenance du Royaume-Uni touché par la fièvre aphteuse.

Les hausses de prix de l’alimentation animale impactent les charges d’approvisionnement qui progressent sensiblement en valeur (+ 9,7 %).

Tendanciellement orienté à la baisse depuis 2002 (- 5 % en moyenne annuelle), le revenu des exploitations ovines atteint un point historiquement bas en 2007. Son niveau représentait 72 % du revenu moyen des exploitations professionnelles au début des années 1990 ; il est légèrement supérieur à 50 % de ce revenu moyen en 2007.

 

Page 12 - Tableau 1 : Indicateur d'évolution du revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié selon les catégories d'exploitations (résultat courant avant impôts par UTANS) »

 

 

Résultat courant avant impôts par UTA non salariée en termes réels, en % annuel

 

Évolutions annuelles moyennes (%)

Niveau moyen

(Ensemble des exploitations professionnelles = base 100)

2005/04

2006/05

2007/06

2007/”05”

“2006”/”03”

“2006”/”1991”

“1991”

“2006”

Ensemble des exploitations

 

 

- 10,6

 

15,1

 

17,0

 

11,1

 

1,6

 

1,5

 

100

 

100

Ensemble grandes cultures

 

-18,9

 

38,0

 

71,3

 

40,1

 

7,7

 

3,0

 

 

108

 

134

Ovins et autres herbivores

-11,9

18,4

-31,8

-14,5

-5,3

-0,8

72

51

Source : SCEES, RICA et comptes nationaux par catégorie d'exploitations

 

Commentaire : pour les dates entre guillemets, voir commentaire précédent.

Dans le tableau 1 ci-dessus, dans la dernière colonne, pour chacune des deux périodes retenues, la moyenne du revenu de l’ensemble des productions agricoles est symbolisée par la base 100. Déjà très en dessous de cette moyenne pour “1991” (ils n’atteignent que 72% de cette moyenne), les revenus de l’élevage ovin régressent encore énormément pour “2006” où ils représentent à peine la moitié de ce revenu moyen (51%).

C’est ce qu’expliquent les colonnes précédentes du tableau : à l’inverse de l’ensemble, et notamment des grandes cultures, l’élevage ovin perd de sa rentabilité de façon continue, à une seule exception les comparaisons entre années ou périodes sont toujours négatives.

 Le tableau 3 suivant montre encore cette dégradation: le revenu agricole moyen, toutes productions confondues, augmente (pour une base 100 en 1990, il devient 136,2 en 2007) mais le coup de la vie augmente lui aussi et ces tableaux ne tiennent pas compte de l’inflation; or l’écart s’accroît entre cette moyenne et l’élevage ovin qui s’enfonce un peu plus, de parent pauvre il passe à parent très pauvre. Même les années où ça va un peu mieux, ça va toujours moins bien que la moyenne des productions, et c’est un autre monde que celui des céréaliers !

 

Page 13 – « Tableau 3 : Indicateur d'évolution de revenu net d'entreprise agricole par actif non salarié en termes réels (résultat courant avant impôts par UTANS) sur longue période selon les catégories d'exploitations - Indices 1990=100 »

 

 

1990

1995

2000

2003

2004

2005

2006

2007 provisoire

Ensemble des exploitations professionnelles

 

100

 

125,1

 

118,7

 

109,2

 

113,2

 

101,2

 

116,4

 

136,2

Céréales, oléagineux, protéagineux

 

100

 

208,1

 

159,1

 

 

148,9

 

142,9

 

110,3

 

155,1

 

316,3

Ovins et autres herbivores

100

105,9

105,5

90,0

96,5

85,0

100,6

68,6

 

II )   –  l e s    s u b v e n t i o n s

 

Page 14 – « Tableau 7 : valeur moyenne des subventions d'exploitation par exploitation - Milliers d'euros courants »

 

 

1990

1995

2000

2005

2006

2007 provisoire

Ensemble des exploitations professionnelles

 

3,1

 

 

16,6

 

 

19,8

 

25

 

26,9

 

26,1

Céréales, oléagineux, protéagineux

 

1,0

 

37,4

 

39

 

40,2

 

41,5

 

40,7

Autres grandes cultures

1,8

22,5

24,8

29,0

33,7

32,9

Ensemble gdes.cultures

1,7

32,9

34,8

37,0

39,2

38,5

Maraîchage et fleurs

0,6

2,2

3,4

2,6

2,3

2,2

Ensemble viticulture

0,8

2,4

2,6

3,8

4,4

4,9

Arboriculture fruitière

2,1

6,6

13,3

11,6

10,5

9,6

Bovins lait

2,9

9,2

12,1

21,0

23,8

23,2

Bovins viande

7,7

18,71

23,7

34,2

36,7

34,2

Bovins mixtes

4,0

6,2

20,5

35,5

37,8

36,6

Ovins et autres herbivores

11,3

18,3

19,7

24,6

25,7

24,3

Hors sol

2,6

10

14,1

15,2

16,5

16,1

Polyculture

1,7

15,7

18,4

18,8

20,2

19,7

Elevage et culture

3,4

20,4

25,7

33,6

36,3

35,2

 

Commentaire : de 1990 à 2007, le constat est simple:

-   ensemble des exploitations : subventions multipliées par 8,42

-   céréales, oléagineux, protéagineux : multipliées par 40,7

-   ovins et autres herbivores (non bovins) : multipliées par 2,15 … sans commentaire.

 

«  Données détaillées par catégorie d’exploitations »

 

Page 15 – « Tableau 8 : Ensemble des exploitations professionnelles

Valeur moyenne par exploitation en millier d'euros courants »

 

 

1990

1995

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

provisoire

subventions d'exploitation

3,1

16,6

19,8

21,6

22,8

24,3

25,0

25,0

26,9

26,1

 

résultat courant avant impôts (RCAI)

 

 

20,8

 

28,5

 

28,0

 

26,7

 

28,1

 

27,0

 

28,4

 

25,8

 

30,2

 

36,2

 

 

Page 15 – « Tableau 9 : Céréales, oléagineux, protéagineux

Valeur moyenne par exploitation en millier d'euros courants »

 

 

1990

1995

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

provisoire

subventions d'exploitation

1,0

37,4

39,0

41,2

41,5

41,7

41,7

40,2

41,5

40,7

 

résultat courant avant impôts (RCAI)

 

 

13,9

 

31,5

 

25,3

 

19,9

 

24,9

 

25,7

 

24,8

 

19,7

 

28,0

 

58,5

 

Page 19 – « Tableau 20 : Ovins et autres herbivores

Valeur moyenne par exploitation en millier d'euros courants »

 

 

1990

1995

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

provisoire

subventions d'exploitation

11,3

18,3

19,7

21,3

22,9

24,5

25,2

24,6

25,7

24,3

 

résultat courant avant impôts (RCAI)

 

 

15,3

 

17,9

 

18,7

 

18,6

 

20,5

 

16,1

 

17,1

 

15,2

 

18,1

 

12,6

 

Commentaire : le tableau ci-dessous résume la situation, rappelons qu’il s’agit d’évolutions hors inflation, ce qui rend encore plus déprimante la situation vécue par les éleveurs d’ovins. Sur la moyenne 2005+06+07, ils retrouvent leur résultat … 1990, alors que tout a augmenté lorsqu’on passe à la caisse. Je ne m’étends pas ici sur les drames humains et sociaux que tout cela implique : l’ASPAP y reviendra à partir de témoignages très concrets dans un travail d’enquêtes qu’elle est en train de mener.

 

 

subventions d'exploitation

en milliers d’euros courants

résultat courant avant impôts (RCAI)

en milliers d’euros courants

 

1990

“2006”

augmentation

1990

“2006”

augmentation

Moyenne

3,1

26

x 8,4

20,8

30,7

x 1,5

Céréales etc…

1

40,8

x 40,8

13,9

35,5

x 2,6

Ovins etc…

11,3

24,9

x 2,2

15,3

15,3

x 0

 

Attaquer au nom des grands prédateurs, les éleveurs d’ovins au niveau de leur revenu et des subventions, est, et je reste poli, une belle « saloperie » de la part d’individus qui, même si globalement il y a une régression salariale, ont quand même vu leurs salaires évoluer à la hausse depuis cette même année 1990 (et les subventions ne sont jamais qu’une forme de salaire, mais plus qu’insuffisante puisque le revenu hors inflation, lui, est resté constant en 18 ans. Quel salarié accepterait cela ? Le même SMIG en 2008 qu’en 1990 ?). Et je ne parle pas des profits délirants qui ont conduit à l’explosion actuelle de nos systèmes bancaires, et de l’économie réelle. Comme tous ceux qui n’ont pour vivre que leur travail, ces éleveurs aussi seront, bien involontairement, amenés à « contribuer » à résoudre cette crise : c’est ce que dans notre doux système on appelle la justice sociale et l’égalité.

 

Le 3 avril 2002, dans le cadre de la « mission commune d'information  chargée de dresser un bilan de la politique de la montagne et en particulier de l'application de la loi du 9 janvier 1985, de son avenir, et de ses nécessaires adaptations » , le Sénat interrogeait M. Gilles Bazin, professeur de politique agricole à l'Institut national agronomique Paris-Grignon, rapporteur de l'évaluation de la politique de la montagne au Commissariat général du Plan. Il soulignait ceci, je mets en gras certains passages :

 

« En ce qui concerne les exploitations agricoles de montagne, il est très difficile d'évaluer l'impact spécifique de la politique de compensation des handicaps naturels dans un cadre général où la Politique agricole commune (PAC) est déterminante. Sur les cinquante milliards de francs d'aides directes à l'agriculture fournis par la PAC, environ deux milliards et demi vont à l'agriculture de montagne. Il demeure donc délicat de bien évaluer cet impact quand il est noyé dans une politique générale, la PAC, qui n'est pas favorable à ces zones. /…/

 

Le budget de l'ICHN / = Indemnité Compensatoire des Handicaps Naturels / a crû de manière spectaculaire ces trois dernières années (+ 30 % entre 1999 et 2002), sans que cela ne coûte à l'Etat, étant donné que ces mesures qui étaient éligibles à 25 % le sont désormais à 50 %.

 

Du point de vue des revenus et de la parité des conditions de vie des montagnards par rapport au reste de la nation, le bilan reste assez négatif. La montagne, qui était la zone bénéficiant le plus d'aides en 1990, est aujourd'hui celle qui est la plus dépourvue en aides directes. Pour les zones défavorisées, notamment celles périphériques à la montagne, l'ensemble du revenu des exploitants est égal au soutien qu'ils perçoivent réellement. En effet, la réforme de la PAC a particulièrement favorisé ces zones. En revanche, la montagne est la zone où les revenus sont les moins élevés et les soutiens publics à l'agriculture les plus faibles. Contradictoirement, la PAC aide donc davantage les régions les plus riches.

Le revenu des exploitants de montagne reste inférieur de 30 % à la moyenne nationale. L'ICHN en montagne représente aujourd'hui le tiers des aides et environ 20 à 25 % du revenu. »

 

Je rassure les excités des sectes du sauvage: M. Bazin n’est pas adhérent de l’ASPAP.

Assez bornés sur leur marotte pour ne même pas se rendre compte de cette contradiction : pour le changement climatique, il vaut mieux sans aucun doute promouvoir ours et loups et continuer à importer aliments de bétail et ovins au lieu de relancer un élevage extensif important et viable dans les zones où il a sa place « naturelle » et peut irriguer, sans grands déplacements, les bassins de consommation voisins … Cargos sur les océans, noria de poids lourds sur les routes européennes, pollution et tout le reste, ils s‘en foutent au fond pourvu qu’ils aient nounours et petit loup !

 

Il faut effectivement choisir sa « « nature », naturelle culturelle, comme l’écrivent de nombreux spécialistes espagnols  (« naturaleza culta ») et comme le sont les Pyrénées depuis le néolithique, ou reconstruction artificielle d’une nature sauvage comme certains le souhaitent ? C’est un choix de société, d’avenir, et l’on peut se poser des questions lorsqu’on met face à face ces deux faits :

 

 - 1997, le WWF finance un travail de recherche de « l’Initiative Européenne pour la Conservation des Grands Carnivores », qui dépend de l’UICN (Union Internationale de la Conservation de la Nature). Cette étude, uniquement disponible en anglais, porte sur la façon dont la PAC (Politique Agricole Commune) devrait être modifiée pour aller « dans un sens favorable aux grands carnivores ». On y découvre que tout ce qui caractérisera la « nouvelle PAC » votée en 2003, est déjà contenu dans cette étude (voir le Bilan ADDIP 2008 à propos du plan-ours, pages 24-29)

 

- 2006, étude du service statistique du Ministère de l’Agriculture : « Premiers effets de la nouvelle PAC sur les élevages bovins et ovins en 2006 - Quelle reprise possible pour la production de viande ovine ? », dernière page :

« En déclin depuis le début des années 80, le cheptel ovin et la production de viande ovine ne seront pas encouragés par l’application de l’accord de Luxembourg en France qui se traduit par un découplage important des aides directes ovines. En l’absence de données objectives disponibles sur le niveau du cheptel ovin en 2006, les résultats connus d’abattage et de production font craindre un nouveau recul du potentiel de production. Globalement, la production ovine est en repli de 1,5 %, en cumul de janvier à août 2006, par rapport à la même période de 2005.

La baisse du nombre de femelles saillies, à l’enquête de novembre 2005, laissait présager d’une nouvelle réduction de la production d’agneaux, d’une ampleur cohérente avec le recul des abattages de 2 % en cumul de janvier à août, par rapport à 2005. En revanche, les abattages d’ovins de réforme (+ 6,3 % en têtes) sont soutenus par rapport à 2005 et laissent augurer d’une nouvelle diminution du cheptel de brebis à l’enquête de novembre 2006. »

 

On peut continuer ainsi … transformer les estives en déserts humains peuplés d’ours et de loups, continuer à faire circuler cargos et camions chargés de bétail importé … C’est un choix … il y en a d’autres … On n’est plus du tout dans un problème de bê-bêtes à poil, c’est un choix de fond, un choix politique. Il ne serait pas inintéressant que, de temps en temps, les  « Politiques » justement, locaux et nationaux, s’expriment clairement sur ce problème de fond. Des fois, ils sont quand même élus pour ça  non?

 B. Besche-Commenge – aspap/addip – 17 octobre 2008

 

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