Les dossiers de l'ADDIP, Coordination Pyrénéenne
Durant l’année 2006, l’ASPAP a beaucoup travaillé avec les autres associations départementales pyrénéennes opposées à l’introduction de grands prédateurs, dans ce que nous appelions la « coordination pyrénéenne ». Notre volonté d’une démarche globale pyrénéenne nécessitait une structure légale et officielle à l’échelle du massif. Nous avons décidé d’utiliser l’ADDIP en la restructurant pour qu’elle devienne la représentation des associations pyrénéennes. Il est important de rappeler que chaque association garde son travail d’animation et de militantisme et sa représentativité dans son département
L’Association pour le
Développement Durable de l’Identité des Pyrénées fut créée en 2002 par les
premiers militants de la cause anti-ours
L'ours et le loup ne sont pas essentiel à l'avenir des Pyrénées, dont les enjeux ne peut s’inscrire que dans le cadre d’un développement durable et global du territoire incluant toutes ses dimensions environnementales, économiques et sociales.
Nous travaillons à des propositions concrètes d’avenir pour les Pyrénées qui, s’inscrivant dans ce triple cadre, porteront des projets concrets de développement durable dans les rôles qui ont toujours été les nôtres, adaptés aux spécificités territoriales des Pyrénées mosaïque de situations différentes : production agricole pour nourrir les hommes, - création et maintien de paysage et de biodiversité, - offre de sites et d’activités de loisir pour ceux qui les visitent, - emplois et plaisir de vivre pour ceux qui y habitent.
D'autres infos sur l'ADDIP, cliquez I C I
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Les dossiers de l'ADDIP

1) L'ESPAGNE : bien loin du paradis annoncé par l'Etat Français

mai 2008
2) L'ADDIP publie son BILAN du plan ours 2006-2009
"ECOLOGIE : un vrai problème manipulé de façon inquiétante. Bilan de la situation créée par le plan de conservation et de restauration de l'ours brun dans les Pyrénées 2006-2009, et conséquences pour l'avenir du massif."

3) Elevage ovin, subventions, revenu des éleveurs : remettons les pendules à l'heure !
21.10.2008
Face à des citoyens de plus en plus avisés, les sectes du sauvage sont visiblement à court
d'arguments pour défendre leurs protégés, ours et loup. Leur discours
s'oriente donc vers la "casse" quasi exclusive de tout ce qui
concerne, de près ou de loin, ce pastoralisme vivant et bien
décidé à le rester que nous défendons. Pour cela,
ils pensaient avoir trouvé l'arme idéale : la subvention
agricole ! Selon eux, les éleveurs, ovins en particuliers,
grassement arrosés par des subventions, produits de nos
impôts, doivent se plier à l’imposition des ours et des
loups ; on paye ces éleveurs, ils nous coûtent cher (la
spéculation aussi en ce moment, mais ça n’a rien à voir
n’est-ce pas ?), ce n’est pas à eux de choisir ce que l’on
veut pour cet argent, le nôtre.
Notre dossier complet ici
Voyage d'Etude à SOMIEDO - 26-29 Novembre 2007
|
NOTRE DOSSIER COMPLET
Dans le cadre des
voyages d'étude préconisés par
communiqué de presse, programme et sites amis Contexte économique aux Asturies Notre voyage dans la Dépêche du Midi édition Ariège Notre voyage dans la Dépêche du Midi édition Hautes-Pyrénées
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Participants :
François ARCANGELI, Adet, maire d’Arbas - Magali BONIFACE, Addip - Marie-Lise
BROUEILH, Addip -
Augustin BONREPAUX, président du Conseil Général de l’Ariège - Jean-Jacques
CAMARRA, Équipe Technique Ours - Claude CARRIERE, Addip - Rolland CASTELLS,
maire de Bagnères de Bigorre, conseiller général des Hautes-Pyrénées - Fernand
ESTEREZ, Fédération Chasseurs Pyrénées Atlantiques - Thierry GALIBERT, Direction
Environnement Midi-Pyrénées - Denis LAURENS, inspecteur général de
l’environnement - Marcel MINVIELLE, maire d’Etsaut - Jérôme OUILHON, Fiep –
Sébastien PAULY, Fédération Chasseurs Ariège - Georges RIBIERE, inspecteur
général de l’environnement - Jean-Luc TRONCO, Sous-Préfet des Pyrénées
Atlantiques.
Introduction
Dans le
cadre d’une mission de comparaison entre les situations rencontrées dans
différents pays où vivent des ours, le Ministère de l’Environnement, du
Développement et de l’Aménagement Durable a organisé en Espagne le premier de
4 voyages d’étude à l’étranger
programmés jusqu’au printemps 2008. Ces déplacements s’inscrivent dans
l’’évaluation à mi-parcours du plan ours 2006-2009, confiée à Messieurs Denis
Laurens et Georges Ribière, inspecteurs généraux à l’Environnement.
En préambule à
ce voyage, nous avons du négocier une
meilleure représentativité au sein de la délégation, obtenant trois membre
de l’ADDIP sur 14 participants presque tous pro-ours,
ainsi que la possibilité
d’une rencontre sur place avec des interlocuteurs locaux alternatifs de ceux
imposés par le programme, que les ministères français et asturiens ont
d’ailleurs tenté d’empêcher. Nous avons rappelé aux organisateurs que notre
participation ne devait pas être interprétée comme
une acceptation de la coexistence avec l’ours ou le loup, pas plus que notre
adhésion à un quelconque processus de décision.
Notre voyage a
conforté tout le bien fondé de nos réserves. Sur place, nous nous sommes
attachés à évaluer le plus justement possible l’expérience asturienne, dans sa
globalité. Notre vigilance, nos questions nombreuses et ciblées appuyées sur le
travail préalable de l’association ont mis à jour, pour nous comme pour les
autres membres de la délégation, l’évidence de
l’impossible transposition du modèle
asturien à nos Pyrénées.
I.
Contexte
L’arrière-pays, et notamment le sud d’Oviedo, but de notre visite, souffre
depuis 40 ans d’une gravissime
désertification rurale propre à l’histoire du pays qui a entraîné l’abandon
définitif de centaines de villages en Espagne. Alors que la présence de l’ours y
est discontinue, le lien de la présence humaine et économique est rompu dans ces
vallées reculées depuis plus de 40 ans.
La
situation de détresse extrême de ce territoire a justifié son
classement en « Objectif 1 »
par
Le
territoire de l’Oso Pardo (l’ours de couleur brune) s’étend sur 4 régions
mitoyennes du nord de l’Espagne, en deux noyaux séparés, l’un de 120 ours
environ, l’autre d’une vingtaine d’ours. Les Asturies abritent 90 ours environ
sur 19 de leurs 78 Consejos (communes), soit environ 206.000 hectares. Somiedo est une commune unique de
Caractéristiques de la zone : altitude moyenne (
II.
Présentations réalisées
pendant le voyage d’étude
|
à
« La politique de Récupération de l’Ours Brun Cantabrique »
Par Juan Carlos
Juarez,
du Ministère de
l’environnement et du développement rural des Asturies, responsable du
service Vie Sauvage. |
Motivations :
selon Juan Carlos Juarez la récupération de l’ours des Cantabriques est
indissociable du contexte économique d’abandon des zones rurales après la
fermeture des dernières mines dans les années 70-80, simultanée avec le seuil
critique atteint par la population d’ours au même moment. Le projet de
développement touristique porté par la mise en valeur de l’image de l’ours
semble avoir été l’outil unique de la
survie économique, et de la survie tout court, d’une zone qui a refusé la
mort programmée de ses villages.
Législation : En
1991, le Catalogue Régional des Espèces menacées de la faune vertébrée de
la principauté des Asturies est créé, il répertorie l’ours brun de
cantabrique comme “menacé d’extinction”,
ce qui entraîne en application de la loi nationale espagnole la mise en place en
1992 d’un “plan de récupération” de l’espèce.
Population : 50
ours vers 1960, stabilisation vers 1990 autour de 70 individus, 120 à 150 ours
en 2006. “la population d’ours n’est toujours pas considérée comme viable »,
elle « aura toujours besoin d’une
préservation active des hommes” nous dit-on pourtant. Les
spécialistes espèrent réunir les deux noyaux de peuplement « qu’une zone
humanisée empêche de fusionner, à cause des stations de skis, beaucoup de
touristes, une autoroute ». Ce sera un « processus
long » poursuit, de manière énigmatique le responsable. Hormis cette
zone, la majorité des 19
“consejos” (communes) sont
sous statut spécial (réserve …).
Dommages :
l’élevage ovin a disparu (121 ovins
sur les 38 localités de Somiedo), et l’élevage bovin est moins sensible aux
attaques d’ours. 100.000 € environ sont versés par an pour les dommages d’ours,
essentiellement pour les dégâts sur les ruches, attaquées quotidiennement, mais
« que les habitants rechignent à protéger ». Le loup attaque également,
l’indemnisation est majorée de 20%.
Moyens : Nous
aurions aimé connaître le coût global du plan ours, et l’estimation globale des
retours économiques de cette opération : personne, pas même le ministère
concerné, ne semble les avoir évalués. Le suivi et le recensement des ours
semble mobiliser d’énormes moyens,
difficile d’en évaluer l’importance : Combien de personnes sont affectées au
suivi des ours ? 5 hommes dans la patrouille-ours nous répond-on, “plusieurs”
personnes dans les bureaux, 150 garde-chasse, mais “partiellement”, “plusieurs”
techniciens des ONG :
|
Nn
à
Proaza - Rencontre avec la
conseillère à
l’Environnement et au Développement Rural
équivalent du
ministre dans |
Nous
nous attendions à un échange sur la biodiversité, nous avons reçu une
démonstration
des bienfaits
économiques de l’image de l’ours dans les Asturies : en 10 ans, le PIB de la
commune de Somiedo est passé de la 77ème place (sur 78) à la 40ème !
Le nombre de lits d’hôtel dans la localité est passé de 80 à 780 …
Le Parc Naturel de Somiedo a-t-il rempli sa mission statutaire d’assurer
également le développement des activités traditionnelles ? L’exode rural a-t-il
été freiné ?
Les statistiques économiques (disparition de l’élevage ovin, stagnation
démographique, effectif scolaire faible, départ des jeunes) semblent démontrer
que le parc peine à remplir ces missions
pourtant essentielles. Notre voyage servirait t’il un plan marketing asturien ?
La conférence de presse qui suivra relaiera largement dans la presse espagnole
le « succès total » de la récupération de l’ours, offert tel un paquet cadeau à
la délégation française.
|
à
Proaza – Visite du Parc de
Vision des ourses Paca et Tolla, de
de |
Un parc de vision grillagé de
La maison de l’ours
présente une exposition sur la place de l’ours des les Asturies, et propose un
programme d’éducation para scolaire à l’environnement qui a concerné 900 enfants
en 2006. Le sentier de l’ours est
aménagé au fond de la vallée, sur le tracé de l’ancienne voie ferrée minière.
Plat, goudronné, il est parcouru par des dizaines de milliers de piétons, de
cyclistes, de cavaliers. Les visiteurs des sites Asturiens sont essentiellement
locaux, le bassin d’Oviedo, réservoir de 1 million de visiteurs potentiels,
n’est qu’à 40km.
|
à
Proaza – Présentation de la
situation globale des grands prédateurs dans les Asturies – par Anton
Alvarez Sévilla, expert des races d’élevage autochtones asturiennes |
Nous
avons souhaité aborder le problème global des grands prédateurs, et notamment de
l’expansion du loup dans les Asturies, en particulier dans la région des Picos
de Europa, point culminant du massif, aux confins de
Relayé
par Marie-Lise Broueilh, qui livra son expérience d’éleveur et de présidente du
syndicat de la race ovine « Barèges-Gavarnie », ils ont signifié devant un
public attentif à nos arguments notre volonté de nous engager
à des actions communes au niveau européen, pour inscrire comme le prévoit
|
à
Pola de Somiedo – Rencontre avec
les Chasseurs, |
Ces
trois intervenants majeurs du plan ours dans les Asturies participent activement
au suivi et au recensement des populations d’ours. Relevés de traces sur le
terrain, plan annuel de comptage des ourses suitées, suivi par caméra et
appareils photos automatiques permettent d’évaluer la santé globale et
individuelle des ours.
Malgré
ces moyens, personne n’a pu nous donner une répartition plus fine des ours que
les habituels « 90 ours environ dans les Asturies ». Combien à Proaza, autour du
sentier de l’ours, ou à Somiedo ? Nulle réponse.
Les
chasseurs sont indispensables au suivi de l’ours, et la chasse est indispensable
à la régulation des sangliers, qui sont en concurrence alimentaire directe avec
l’ours. La carte annuelle donne droit à 7 battues pour la saison, plus 5 sorties
individuelles. Les chiens doivent être tenus en laisse jusqu’à la poursuite
d’une trace fraîche. L’usage de Talkie-walkie est autorisé. Autogestion des
quotas, protocole impliquant les chasseurs, sessions de formation organisées
pour différencier l’ours du sanglier font qu’aucun accident n’a été relevé
depuis des années. A partir du 1er décembre, la chasse est fermée
pour cause d’hibernation.
Jusqu’en
1976, la chasse était totalement interdite sur ces anciens domaines royaux.
L’ours est vécu comme celui qui permet la chasse. De plus l’autonomie rétrocède
une partie des droits perçus sur les permis : pour 150 chasseurs, Somiedo reçoit
150.000 € par an, plus 300.000
euros de prise en charge des dégâts du gibier.
|
à
Visite du centre d'information
du parc naturel de POLA DE SOMIEDO –
Rencontre avec des représentants du secteur du tourisme de SOMIEDO et de
PROAZA
à
Rencontre avec les maires de SOMIEDO, de PROAZA et d'autres villes et
villages,
des Députés,
des représentants du Gouvernement de
|
Environ
120.000 personnes ont fréquenté le parc de Somiedo en 2006. L’hébergement est
développé sous la forme de petites unités de 19 chambres maximum, soit 38 lits.
L’occupation moyenne serait de 20 semaines/an.
Le taux de subvention à l’investissement de 33%.
Les professionnels de la délégation
s’interrogent sur la viabilité en France, où le système social et fiscal est
nettement moins avantageux, de ce type d’hébergement. Nous ne parviendrons pas à
savoir combien d’emplois ont été créés, ni quel est le chiffre d’affaire moyen
d’un hôtel rural … aucune autre activité à vocation touristique n’est
développée : parapente, escalade, rafting, canoe, ski sont totalement interdits
dans la réserve.
Les élus
sont unanimes : freiner l’exode rural, le recul économique, est
une question de survie pour les zones de
montagne des Asturies. Il n’y a
pratiquement plus d’élevage, aucune industrie, le rééquilibre territorial
passait donc par le seul atout de cette région : une
nature nommée « sauvage » parce que de nombreux villages sont abandonnés,
à laquelle l’ours donne un crédit de « haute conservation ». Aujourd’hui, pour
les élus, « le grand défi n’est pas
l’élevage mais la maîtrise de l’urbanisme ». La priorité est donnée à la
construction de résidences de loisirs, et d’habitations familiales pour la
population prévoyant gites ou chambres d’hôtes . 13 millions d’euros de fonds
européens ont financé 150 projets à Somiedo entre 2002 et 2006. Mais le prochain
volet d’infrastructure devra être financé davantage par
La
députée insistera beaucoup sur la capacité politique propre aux régions
autonomes, et particulièrement aux Asturies
d’associer à l’élaboration des lois le
plus grand nombre d’acteurs possible. Ainsi chaque texte peut être modifié
et amendé par n’importe quel groupe socio-professionnel, au point que chaque
projet de loi comporte lors de son vote autant de paragraphes d’origine que de
passages améliorés. C’est selon elle la condition sine qua non pour que les
populations s’approprient les décisions, et ensuite les acceptent dans la durée.
|
à
Villar de Villas - Visite de
l’estive et des Branas - Rencontre avec les éleveurs |
Dans le
décor de carte postale qui figure sur tous les prospectus, devant les granges
« celtiques »aux toits de chaume conservés, les éleveurs bovins (plus aucun
éleveur ovin professionnel dans le Consejo) expliquent comment ils ont relancé
la race asturienne à viande. Le chiffre de 800 bovins sur l’estive nous
interroge. La ressource en herbe n’est pas suffisante pour un tel cheptel.
L’absence d’attaques du loup ou de l’ours sur ces troupeaux, en semi liberté,
aussi. Aucun bâtiment agricole récent à Villar, mais partout des petites granges
vétustes de 10 vaches au plus. De nombreux prés sont coupés … à la faux ! Le
montant des subventions agricoles qu’un des élus nous annonce semble très
largement supérieur aux barêmes Pac.
5.000
brebis d’Estrémadure transhumaient ici, les éleveurs ont renoncé, pourquoi ?
L’espace qu’elles pacageaient est envahi de broussailles et de genêts. Ici
pas de GR,
ni de sentier balisé. « Le parc est un des plus restrictif
d’Europe pour le tourisme ». « Sans l’ours et les touristes, nous disent les
éleveurs nous ne serions plus
là . Sans nous l’ours et les touristes ne seraient pas là. Rien ne peut se faire
sans la population, et surtout sans les éleveurs ». Ils siègent d’ailleurs au
Conseil du Parc. Chacun a dans sa famille un garde ou un employé du parc, ou
tient un gite. Cette pluri-activité, si elle ne crée pas de croissance
démographique, maintient au pays une population prête à de grands sacrifices
pour y rester. Les éleveurs sont fiers d’avoir contribué à la sauvegarde de
l’ours Cantabrique. Et nous disent qu’ils n’auraient pas voulu d’ours slovènes.
III.
Analyse
Un
territoire historiquement coupé du développement économique, une région vidée de
ses hommes par l’exode rural des années 50, puis par la fermeture des mines dans
les années 80, l’absence d’infrastructures, y compris touristiques (3 stations
de ski seulement) ont largement
contribué, avant toute politique de préservation, à la sauvegarde de l’habitat
de l’ours des Cantabriques.
La loi
de protection des espèces menacées, l’implication de tous les élus et habitants,
prêts à tous les sacrifices pour rester au pays, l’apport financier généré par
le tourisme, la rareté des attaques aux troupeaux, uniquement bovins, le rôle
reconnu des éleveurs dans la gestion du patrimoine montagnard, et l’octroi de
droits nouveaux pour les chasseurs ont favorisé l’acceptation d’une population
d’ours, et permis son augmentation.
Malgré
les moyens colossaux mis en œuvre, le déclin démographique se poursuit. Comme
témoigne une habitante « le développement ne se fait pas pour ceux de Somiedo,
mais sur le dos de ceux de Somiedo ». A
l’est des Asturies, le loup sort des limites du Parc des Picos de Europa ou en
10 ans il a fait baisser de 10.000 à 500 bêtes le cheptel transhumant, vidant la
montagne des derniers paysans, ultimes résistants à l’exode.
Le
modèle asturien n'est pas reproductible sur l'ensemble du massif pyrénéen, qui
n’est en rien comparable. Dans les Pyrénées, 40 ans de politique de
développement ont réussi à
maintenir nos territoires actifs, habités et vivants jusqu’au plus petit
village, tout en gardant une population d’ours, même faible. Le pastoralisme,
premier acteur de la protection de l’environnement, a permis une ouverture et
une diversité biologique des
milieux et des espèces remarquable. Des stations de
ski, du thermalisme, des activités de loisirs et des sports de nature, des
exploitations forestières, des centrales hydroélectriques, du commerce, de
l’artisanat, des services, des activités industrielles de haute technologie, la
liste est longue pour rendre compte du développement
du massif pyrénéen.
Les
participants au voyage, hors champ officiel, reconnaissent tous que la
restauration de la population d’ours en France a accumulé de graves erreurs.
D’une part en n’associant pas les habitants et les éleveurs qui ne sont
représentés dans aucune des instances de décision. D’autre part en considérant
uniquement la question de l’ours par une unique approche naturaliste,
ignorant ses répercussions transversales et globales
sur le massif.
IV.
Perspectives
Le maire de Somiedo, premier intervenant de ce voyage nous avait proposé, comme
un paquet cadeau « d’emporter le modèle de Somiedo dans les Pyrénées ». Deux
jours plus tard, il concluait notre voyage par ces mots : «un territoire doit
choisir. Personne ne sait mieux qu’à l’intérieur d’un territoire ce qui est bon
pour lui ».
Le voyage dans
les Asturies a permis de rebattre les cartes de la question de l’ours dans les
Pyrénées. Nous revenons légitimés par le ministère dans le rôle incontournable
que nous avons à jouer pour sortir de 10 ans d’une crise préjudiciable à tous.
Notre seul interlocuteur ne pourra être que l’Etat.
Avec cette
expérience, le débat s’élève enfin au-delà de la question simpliste « pour ou
contre l’ours ». Tous les éléments que nous rapportons des Asturies démontrent
objectivement comment la « récupération de l’ours », comme on le dit à Somiedo,
ne peut s’inscrire que dans le cadre d’un développement durable et global du
territoire incluant toutes ses dimensions environnementales, économiques et
sociales.
Il nous
appartient de faire des propositions
concrètes d’avenir pour les Pyrénées qui, s’inscrivant dans ce triple cadre,
porteront des projets concrets de développement durable dans les rôles qui ont
toujours été les nôtres, adaptés aux spécificités territoriales des Pyrénées
mosaïque de situations différentes : production agricole pour nourrir les
hommes, - création et maintien de paysage et de biodiversité, - offre de sites
et d’activités de loisir pour ceux qui les visitent, - emplois et plaisir de
vivre pour ceux qui y habitent.
Nous allons y travailler activement.
ADDIP,
30.11.2007
Asturies – Ours – Développement économique
Bruno Besche-Commenge – ADDIP – novembre 2007
Avec la réserve voisine de Muniellos (55.657 ha, dont 5.488 de réserve intégrale interdite à toute activité humaine), la réserve de biosphère et parc naturel de Somiedo (29.164 ha) est le site emblématique du maintien
d’une population d’ours sauvages dans les Asturies.
Dans un article récent (
http://www.fapas.es/notifapas/hoy/2007/20071030_adet.htm),le président du FAPAS, A. Hartasánchez, indique que, par rapport aux Pyrénées, « la situation dans la Cordillère Cantabrique/est/ différente parce que, pratiquement, il n’y pas de dégâts sur le bétail, mais surtout sur les ruches »
. De même, G. Palomero, Président de la Fondation Oso Pardo, souligne dans El Diario Montañes du 28octobre 2007 :
« En général, dans la Cordillère Cantabrique l’ours est bien toléré parce qu’il ne tue que peu de bétail. Il y a davantage de conflits dans les Pyrénées, où le fait qu’il attaque les vaches entraîne un grand rejetsocial. »
En fait, il attaque aussi et surtout les ovins, ce que G. Palomero reconnaissait en décembre 2005 dans son intervention lors des « 3° journées de l’environnement » organisées par le Consorcio de Los Valles, en Aragon
(
http://www.consorciolosvalles.org/00noticias/00_not.php?idNoticia=22). Il indiquait alors que, pour faire accepter l’ours, entre les Monts Cantabriques et Los Valles la différence c’est « qu’il n’y a pas d’élevage ovin ».Totalement faux pour l’ensemble des Monts Cantabriques, mais qu’en est-il à Somiedo, puisque sans cesse ce
consejo est, en France, présenté comme un modèle de cohabitation ? Les données sont empruntées auxServices statistiques du Gouvernement asturien (
http://www.sadei.es/ pour l’agriculture, et http://tematico.asturias.es/mediambi/siapa/ pour environnement).Le
consejo de Somiedo correspond à ce qui serait chez nous un canton. Pour des raisons historiques, l’ours n’a cessé d’être présent dans cette zone des Asturies, au statut spécifique ; Somiedo fut réserve de chasse,puis Parc Naturel en 1988, enfin Réserve de biosphère depuis 2000, ces statuts successifs en font un site à part, rien à voir avec la réalité globale du massif pyrénéen, les paramètres ne sont pas comparables ! Le décret créant
la Réserve en 2000 se fixait entre autres cet objectif:
« Développement économique et humain durable sur les plans socio-économiques et économiques. Le Parc Naturel de Somiedo n’a pas pour seul objectif de protéger les valeurs naturelles et le paysage de
ce milieu, mais aussi de sauvegarder les formes traditionnelles de vie de la population locale. Ainsi, le cadre légal de protection du Parc inclut déjà /…/ la nécessité d’assurer le développement des activités
traditionnelles. »
Voyons les résultats. Au niveau démographique déjà, la création de la Réserve n’a pas suffi à freiner la décrue que le Parc existant n’avait pas davantage empêchée (en italique gras dans ces tableaux la date de
création de la Réserve et celle de la dernière statistique connue), au mieux un légère inversion en 2006, à confirmer bien sûr :

Le nombre d’exploitations agricoles lui, était déjà sur une pente dégressive, la décrue s’est accélérée :

Quant aux productions: le rapport SIMOGAN 2004 indiquait dans sa conclusion que celle du lait de
vache avait disparu a Somiedo, sans doute n’était ce pas une des ces “activités traditionnelles” à développer. Le
seul élevage conséquent y est celui des bovins-viande: leur nombre a relativement fluctué entre 1998 et 2006,
mais il reste autour d’une moyenne annuelle de 6279 bêtes.

Année
1991 … 2000 2001 … 2003 … 2006Réserve
Asturies
1 093 937 1 076 567 1 075 329 1 075 381 1 076 896Somiedo
1 793 1 621 1 616 1 541 1 544Asturies – Ours – Développement économique 2/2
Bruno Besche-Commenge – ADDIP – novembre 2007
Par contre, l’élevage ovin et caprin n’a cessé d’y décroître ces dernières années au point d’être devenu
totalement résiduel. Les tableaux ci-dessous indiquent ces évolutions:
Année Exploitations
A Somiedo
OVINS Animaux par
exploitation
2000 9 378 42
… 2005 6 85 14,17
2006 24 121 5,04
Année
Exploitations
A Somiedo
CAPRINS
Animaux par
exploitation
2000 7 231 33
… 2005 7 217 31,00
2006 6 22 3,67
On passe ainsi d’un total de 609 ovins+caprins en 2000, à 143 en 2006, mais peut-on encore parler
d’exploitation pour ce qui n’est plus que distraction, 5 brebis comme 5 poules au fond du jardin.
Plus de lait, perte d’exploitations, quasi disparition des chèvres et des brebis, on est très loin de la
« nécessité d’assurer le développement des activités traditionnelles. »
En 2006, Palomero García, en fut alors réduit à proposer cette solution :
« hay que poner al oso aproducir »
(il suffit de rendre l’ours productif) ! Ce qui conduisit un éditorialiste de El Comercio digital à enconclure :
« il nous a montré clairement qu’il dirige non pas une ONG conservationniste mais une entreprise quine cherche qu’à rentabiliser l’ours »
(
http://www.elcomerciodigital.com/pg060617/prensa/noticias/OpinionCartas/200606/17/GIJ-OPI-163.html)La polémique fut telle que le coordonnateur de la Fondation dut intervenir sur le forum de discussion d’un
autre quotidien asturien (
La Nueva España) pour répondre aux questions des lecteurs. Impossible de tout citer(voir :
http://mas.lne.es/encuentros/index.php?encuentro=15), mais ces quelques passages sont révélateurs:- réponse à la question 5 :
« nous pensons qu’il est nécessaire que la population locale perçoivel’ours comme générateur d’activités économique, et cela y contribuera »,
- quant à la réponse à la question 9, pour que les ours ne soient plus en danger,
« il faut mettre enoeuvre de nombreuses initiatives (éviter qu’ils ne soient tués par certaines personnes, restaurer l’habitat,
éviter sa fragmentation …), et parmi ces initiatives il est nécessaire aussi de promouvoir le
développement rural dans les zones à ours, en utilisant l’ours et son habitat. »
Il semble quand même, à lire ces réponses et voir les évolutions statistiques, que, pour la sauvegarde de
l’ours lui même, et plus encore pour le développement des
« activités traditionnelles », il n’y ait pas de miracle.Et si Somiedo aujourd’hui construit son économie autour de l’exploitation touristique de l’ours (
hay que poner aproducir
), c’est son choix. Mais ce modèle qui s’explique pour les raisons historiques que nous avons indiquéesrapidement au début, n’est pas généralisable à des massifs entiers.
Serait-ce d’ailleurs souhaitable,
n’y a-t-il pas aussi autre chose à « produire » en montagne, etnotamment la richesse d’une biodiversité agricole et de races d’élevage autochtones, atouts majeurs du
développement durable comme le soulignent les groupes 2 et 4 du Grenelle de l’environnement?
Année
1998 … 2000 … 2004 … 2006Bovins à
Somiedo
6 175
6 315 6 911 6 388
|
Voyage d'Etude au parc d'Adamello-Brenta, Italie - Décembre 2007
Dans le cadre des
voyages d'étude préconisés par
Présentation complète du voyage l'article de notre site ami pyrenees-pireneus.com
|
OURS EN NAVARRE – AVRIL 2008
Introduction et traduction B. Besche-Commenge ASPAP/ADDIP 28 avril 2008
Introduction
En ce début de printemps, l’ours fait à nouveau la une des journaux de Navarre.
Le vieux « Camille » a réapparu, malade, et les gardes qui l’ont vu craignent pour sa vie : il est
en effet atteint de gale, « la sarna », d’une façon très prononcée, qui l’affaiblit beaucoup compte tenu
de son âge avancé, 25 ans.
Selon les mêmes gardes, le suivi des traces du nommé « Aspe-Ouest » qui serait âgé d’une
15
aine d’années ( ?) et circule entre France et Aragon, laisserait penser ( ? ) qu’il est passé par laréserve naturelle de Larra, sur le territoire navarrais d’Isaba.
« Camille », au pelage déjà bien atteint par la gale, photo prise par les gardes de
l’Environnement, le 9 avril dernier. © diariodenavarra.es
Les deux entretiens que nous traduisons ci-dessous montrent bien comment, en Navarre aussi,
l’animal est perçu. D’un côté, le Président de la Junte de Roncal, entrepreneur de profession, qui,
après une période de désarroi, voit plutôt l’ours comme une source d’argent et un produit d’appel
touristique, mais regrette le secret qui entoure les déplacements de l’animal.
De l’autre un éleveur de brebis, fabricant de fromage, pour qui l’animal est un problème par
l’angoisse qu’il génère, les menaces concrètes qu’il fait peser sur les troupeaux, mais aussi pour une
raison plus profonde : l’ours est devenu le moyen, pour «
institutions et écologistes », de s’approprierla gestion d’un espace en lieu et place de ceux qui y maintiennent une biodiversité agricole et
ordinaire très riche, à partir de races rustiques et de pratiques pastorales adaptées.
L’analyse de cet éleveur, plus connu sous le sobriquet de sa maison « Marengo », rejoint
exactement celle de ses semblables du versant français des Pyrénées. C’est effectivement d’un choix
de civilisation qu’il s’agit : continuer, en l’adaptant au nouveau millénaire, cette très ancienne
civilisation pastorale qui a construit à la fois des hommes, des cheptels, des milieux, ou recréer cette
nature sauvage que supposerait une population d’ours suffisante pour être naturellement viable.
Viable « par nature », car, sans cela, à quoi joue-t-on ?
Comme c’est le cas dans tout autre vallée pyrénéenne, Navarrais est maître chez lui, mais le
problème ours « par nature » dépasse le cadre valléen. L’ours est différent d’un pylône de remontée
mécanique en cela qu’il a quatre pattes mobiles: les choix d’une vallée ont donc des conséquences
pour les vallées voisines ; les éleveurs du versant sud le savent bien, confrontés aux ours slovènes
que notre pays leur a expédiés en les important chez nous.
Et si certains, là bas comme chez nous, voient dans l’ours une fontaine à euros, je ne suis pas
sûr que cet arrosage, en Navarre comme ailleurs sur les deux versants de la chaîne, suffise à justifier
la perte d’une civilisation, déjà bien menacée sans avoir besoin d’y ajouter cela.
Surtout lorsqu’on sait que toute source et la fontaine qu’elle alimente ont très vite fait, « par
nature », et particulièrement lorsqu’elles sont budgétaires … de tarir.
Traductions
AGAPITO BOJ GÁRATE, P
RESIDENT DE LA JUNTE GENERALE DE LA VALLEE DE RONCAL:“J’
AIMERAIS QU’IL Y AIT MOINS DE SECRETS.”ASER VIDONDO . RONCAL Dimanche, 27 avril 2008
Agapito Boj Gárate est entrepreneur, il a été maire de Roncal au
cours de quatre mandatures (de 1983 à 87, puis en continu depuis 1999). Il a 70 ans et, en outre,
assume la charge de principale autorité de la Vallée de Roncal, dont il est président de la Junte
Générale.
A votre avis, la présence de l’ours est-elle bonne ou mauvaise ? A qui vont les bénéfices, à qui
les préjudices ?
Elle est bonne quant à l’argent qui arrive dans la vallée pour les éleveurs qui pâturent dans la
zone de l’ours et pour ceux qui sont attaqués, et aussi pour les sommes investies dans des couloirs de
contention pour le bétail, des cabanes, des réfections de pistes …
Pourtant les éleveurs sont les plus lésés.
C’est ainsi, mais il faut qu’ils s’habituent à la présence de l’ours ici, et pour ça on doit les aider.
Tous ne s’opposent pas frontalement à l’ours. Ce qu’ils veulent c’est qu’il ne leur cause pas de dégâts,
et ne pas vivre dans la crainte qu’il apparaisse à tout moment.
Récemment, un second ours a « visité » la Navarre, comme il l’avait fait l’an dernier (c’est
l’individu Aspe-Ouest, qui passe la majeure partie de l’année à Huesca et en France). Comment
prendriez-vous le fait qu’il s’installe à Roncal quand mourra Camille ?
Je n’en sais rien, mais le changement sera minime. Un ours à la place d’un autre. Et nous en
serions au même point : les uns pour, les autres contre.
Vous vous souvenez des débuts de Camille en Navarre ?
Ce furent des mois assez incertains, de désarroi dans la vallée. Il y avait des années que nous
n’avions plus d’ours dans le Roncal, et les gens avaient perdu l’habitude d’être obligés de cohabiter
avec un de ces animaux. Pourtant, dans mes années de jeunesse, je me souviens d’avoir vu à la chasse
des traces d’ours dans les bois et les montagnes. Ici, il y a eu des ours de toute la vie.
Récemment une journée d’information et de sensibilisation a eu lieu dans la vallée sur ours et
tourisme. C’est épatant. La seule chose que je demande à l’Environnement, c’est qu’ils informent bien
les gens afin que nous sachions ce que nous avons dans nos montagnes. J’aimerais qu’il y ait moins de
secret.
D’une certaine façon, on voit qu’on peut profiter de l’ours pour développer le tourisme ?
Bien évidemment. Il est normal d’aider les initiatives touristiques qui surgissent, quelles
qu’elles soient, même liées à l’ours, et de faire des brochures sur l’animal et sur la vallée. Il me semble
que c’est une bonne façon de faire la promotion de notre territoire d’une manière différente.
http://www.diariodenavarra.es/20080427/navarra/me-gustaria-hubiera-menossecretismo.
html?not=2008042702125982&idnot=2008042702125982&dia=20080427&seccion=navarra&seccion2=sucesos
&chnl=10
JOSÉ MANUEL MARCO GARCÉS, ÉLEVEUR :
« IL Y A DAVANTAGE DE BIODIVERSITESANS L
’OURS QU’AVEC LUI »ASER VIDONDO . RONCAL Dimanche, 27 avril 2008
José Manuel Marco, éleveur et producteur de fromage à Isaba, est
âgé de 52 ans. Il fait partie de la vingtaine de Roncalais affectés par les attaques de Camille. Il possède
450 brebis de race latcha et, entre celles tuées par l’ours et celles disparues, en a perdu 70 depuis 1998.
Il dit ressentir à la fois « une certaine crainte », « de la rage» face à sa présence dans la vallée, et une
forte méfiance à l’égard des institutions et des écologistes.
Comment ça se passe avec l’ours en Roncal ?
Totalement négatif pour l’élevage traditionnel.
Est-ce que votre opinion a changé en dix ans ?
Non. Toujours aussi mauvaise. Certes, il tue moins de brebis, mais pour la simple raison qu’il y
en a de moins en moins dans les pâturages de montagne, et pour des périodes de plus en plus courtes.
Ceux qui défendent l’ours, comme le FIEP français, nous accusent de laisser divaguer nos brebis parce
que nous ne sommes pas 24 heures sur 24 derrière elles, mais c’est invivable !
En quoi l’apparition de Camille change-t-elle votre vie ?
Je vois qu’il y a des gens qui viennent me commander, sur ma propre terre, et qui se croient
gestionnaires du milieu. Et je le dis parce que nous sommes plusieurs à penser que cet ours n’est pas
autochtone, ni qu’il vient d’une autre zone des Pyrénées, mais qu’il a été introduit. Ici, personne ne
nous a informé sur les résultats des prélèvements d’ADN effectués en 98. Et son comportement, si
agressif pour le bétail dès la première année, confirmerait cette hypothèse : on a très vite retrouvé ce
comportement chez les ours introduits par la France
( 1 )Ils disent qu’il est vieux et risque de mourir bientôt, que cela signifierait, entre autres, que les
éleveurs cesseraient alors de recevoir des compensations. Mais ces aides sont mal conçues. Nous ne
voulons pas de cet argent comme ils le donnent, pour avoir le droit de pâturer simplement à tel endroit
et pour chaque brebis morte, mais nous voulons qu’ils paient les dommages réels quoique … ce serait
bien plus cher. Il faudrait qu’ils compensent le fait que nous devons quitter telle montagne parce que
l’ours s’y promène, la valeur génétique des animaux morts, les heures en surnombre passées à veiller
les bêtes, l’incertitude quant au futur …
L’an dernier des infrastructures ont été aménagées pour améliorer la « cohabitation » avec
l’ours. Comment les évaluez-vous ?
C’est une tromperie. Ils ont aménagé deux cabanes, l’une à un endroit où il y en a déjà une autre
en train de se démolir, mais ce sont des cabanes pour randonneurs plutôt que pour nous autres. Il n’y a
pas le moindre bâtiment pour les bêtes. Quant à l’aménagement des pistes, il se limite à deux que
l’Environnement a refusé d’habiliter peu de temps après, allant jusqu’à en fermer une.
Les experts assurent que l’ours est un symbole de la santé environnementale d’un territoire
Oui, mais il y a davantage de biodiversité sans l’ours qu’avec lui. Il mettra fin à l’élevage
extensif des races autochtones comme la Latcha, la Béarnaise, l’Aranaise, etc …puisqu’ils nous
obligent à les enfermer dans des parcs, et ils font perdre tout espoir à la jeunesse.
Quelle solution voyez-vous pour que l’ours ne perturbe pas vos activités ?
Les enfermer dans de grands espaces libres des Pyrénées, comme l’a proposé la municipalité
d’Isaba en 1998.
Et comment faire ?
Ça, c’est le problème des institutions politiques. Nous autres, nous avons déjà beaucoup à faire,
et tout seuls, pour nous gagner la vie
http://www.diariodenavarra.es/20080427/navarra/hay-biodiversidad-sin-osoel.
html?not=2008042702125981&idnot=2008042702125981&dia=20080427&seccion=navarra&seccion2=sucesos&chnl=10
( 1 )
Note du traducteur: Rappelons ce fait: à partir notamment des documents du Ministère Slovène del’Environnement nous avons prouvé que les ours slovènes étaient abondamment nourris de carcasses de bétail,
et cela depuis le XIX° siècle. Le fait était connu, au moins depuis les années 80 (cf Cl. Dendaletche
« L’ours brun– Pyrénées, Abruzzes, Monts Cantabriques, Alpes du Trentin »
-ISSN 0755-723X, pp. 60 e.s.). Il était connu desresponsables des importations de 1995,
Etat Français, ADET, Ferus (à l’époque Artus) et FIEP, quidécidèrent alors de ne pas diffuser les informations
sur le comportement alimentaire de ces ours.Dans son livre, Cl. Dendaletche écrivait déjà que les problèmes deviennent très graves lorsque ces ours
passent dans les régions autrichiennes voisines de la Slovénie, Carinthie et Styrie de l’Ouest, où ce nourrissage
n’est pas pratiqué (p.62).
Oriente - 26.04.08 - IKER CORTÉS
El commercio digital - Avril 2008
Les éleveurs des Picos de Europa exigent un contrôle plus important des
populations de sanglier.
C’est hier qu’a commencé la montée des 5000 bêtes qui estiveront dans le
secteur. Les cochons sauvages ont abîmé une grande partie des maigres pâturages
des montagnes de Covadonga.
Pour les éleveurs des Picos de Europa, il ne fait aucun doute que la ruine des
pâturages par les sangliers vient à présent s’ajouter au manque de relève
générationnel qui a fait chuter la quantité de bétail dans les montagnes de
Covadonga – environ 5000 bêtes y pâtureront cette année, une centaine de moins
que l’an dernier.
Hier, tous les professionnels partageaient ce diagnostic, et ils demandaient à
l’Administration des moyens pour contrôler les populations de sangliers. Mais
quelques uns, comme José Miguel Combra, qui vient de Labra, cédaient au
découragement ; alors qu’il
arrivait aux environs du lac Enol, il soulignait : « Il y a si longtemps que
nous nous plaignons qu’il vaut mieux ne plus rien dire ». Il ne fait aucun doute
que le manque de pluie et de neige n’a pas permis aux pâturages de pousser
normalement, et José Miguel ajoute : « si en plus les sangliers nous en ravagent
50% en les labourant, alors il n’y a plus qu’à fermer la porte et partir ».
José Manuel Huerta se
montre lui plus tranchant. Il monte d’Igena et affirme
avec fermeté:
« Bien sûr qu’il faudrait chasser davantage de sangliers ». Et alors qu’il
s’inquiétait de la maigreur des pâturages et de la présence envahissante du
matorral /
fourrés, buissons ras, arbustes
/, il était cependant bien conscient
que « c’est difficile de les contrôler, nous allons le faire ». Auparavant, le
jeune Andrés Sanchez, qui passait au même endroit, ne laissait aucune place au
doute : « Ce serait bien qu’on tue tous les sangliers » disait-il, tout en
s’allumant une cigarette dans la montée de la Cuesta de la Güesera.
Et les loups ?
Et comme si ça
ne suffisait pas, un autre sujet inquiéta les éleveurs pendant toute la journée.
Un berger assurait avoir vu, l’avant veille, une paire de loups vers la Cuesta
de la Güesera. Si c’est exact, il n’y a pas d’autre solution « que de les
tuer », affirme Ángel
Labra, parce qu’il n’y a pas de place pour les deux : « là, c’est une guerre
comme les Juifs et les Palestiniens, incompatibilité totale. Ou on en finit avec
les bergers, ou on en finit avec les loups ». Et il cite cet exemple : « ce
n’est pas normal que tu aies un troupeau de brebis, et que dans la nuit un loup
puisse t’en tuer une trentaine ». Quant aux compensations financières, elles
arrivent « tard, mal, et jamais. Et il n’y a aucun équivalent entre l’argent
qu’il peuvent te donner, et le fait d’avoir élevé une bête ».
De toute façon,
« nous, on ne veut pas vivre de ce qu’ils nous paient, mais de notre travail »,
assure Labra. Son frère, José Benito Labra, commente avec ironie que
« autrefois, pour voir un loup, il fallait que j’aille au zoo », et il suspecte
quelqu’un de les avoir introduits dans la montagne de Covadonga.
« Ils le détruisent complètement »
Les deux frères étaient
tout aussi mécontents du programme de protection et conservation des Picos de
Europa. Pour eux : « ils ne conservent absolument rien », au contraire « ils
sont en train de le détruire complètement
». Et c’est un fait que « pour conserver une
maison, tu es obligé de réparer le toit et faire d’autres travaux si tu veux la
garder intacte, sinon le passage du temps se marquera de plus en plus, jusqu’à
ce qu’elle s’écroule ». Aussi ne comprennent-ils pas que « sous prétexte de
conserver la montagne dans son état actuel », on ne puisse pas attaquer des
travaux de débroussaillage. « Là oui, on pourrait retrouver le Parc National des
Picos de Europa comme il était il y a quatre vingts ans, mais ils ne nous le
permettent pas ».
Traduction :
B.Besche-Commenge, ASPAP/ADDIP.
Embroussaillement, « matorral » qui rend les lieux impraticables, bétail tué par
les loups : mêmes causes, mêmes effets dans les montagnes qui servent de
contrefort aux Picos de Europa, la Sierra de Cuera.
Les éleveurs victimes de cette « destruction » à la fois du milieu et de leur
outil de travail, distribuaient il y a deux ans le tract ci dessous. On pouvait
y lire :
« AVANT … APRES
avant et après la mauvaise gestion
du milieu par le Ministère de l’environnement : il sacrifie l’entretien de la
nature que jusqu’à présent les troupeaux assuraient, et favorise ainsi
l’extension du matorral /fourrés, buissons ras, arbustes/,
proie des incendies qui ravagent aujourd’hui les montagnes et forêts
asturiennes »
En plein au coeur de notre problématique, traduction d’un extrait de : Jaime
Izquierdo, Gonzalo Barrena, Marqueses,
funcionarios, políticos y pastores –Crónica de un siglo de desencuentros entre
naturaleza y cultura en Los Picos de Europa - Red Asturiana de Desarrollo
Rura, Red Cantabre de Desarrollo rural –
Ediciones Nobel, 2006.
Enorme problème dans toutes les communautés autonomes des Monts cantabriques, et
les voisines par extension, avec les loups qui attaquent ovins, bovins, caprins,
équins, et ont même dévoré des veaux dans les étables en plein milieu des
villages. En estive, certains éleveurs abandonnent même, alors qu’ils étaient
lancés dans des opérations de relance des races autochtones indissolublement
liées à ces milieux et aux modes de pâturage spécifiques (il est même fait
mention du pb dans un document de la FAO consacré à une de ces races, la chèvre
berneya. C’est dire la gravité du pb,
en contradiction totale avec toutes les directives de la FAO comme de la CE
pour la relance de ces races in situ)
1) – Les auteurs:
Il est intervenu en tant que professionnel devant la Commission Agriculture et
Dév rural du Parlement européen, à Bruxelles, le 15 mars 2005. Voici un extrait
traduit de sa conclusion: “Il existe une
intelligence rurale, une culture, un savoir-faire qui sont le fruit de
l’interaction entre la société rurale et son milieu. Ces savoirs ont une
importance stratégique et décisive et doivent être sauvés, restaurés,
réhabilités et modernisés afin de garantir le développement rural et la
conservation de la biodiversité. Beaucoup de jeunes ruraux peuvent trouver en
eux des formules pour vivre avec qualité dans des milieux ruraux, alternatives à
la vie urbaine”.
En février 2007, il a été invité par l’Institut Interaméricain de Coopération
pour l’Agriculture (IICA), la Chambre des Députés mexicaine et le Centre
d’Etudes pour le Développement Rural Durable et la Souveraineté Alimentaire (CEDRSSA),
à faire partie du groupe de 8 experts internationaux (dont un représentant de la
FAO) chargés d’évaluer le programme mexicain intitulé
“Prospectivas de la Ley de Desarrollo Rural Sustentable”.
(Je les ai longuement rencontrés lors de mon séjour dans les Asturies, fin août
début septembre 2007; nous restons en contact et réfléchissons à des projets
communs unissant Asturies et Pyrénées)
« Marquis
( 1 ),
fonctionnaires, politiques et bergers – Un siècle de rendez-vous manqué entre
nature et culture dans les Picos de Europa », Jaime Izquierdo, Gonzalo Barrena
– Ediciones
Nobel, 2006.
Pages 140-144, traduction :
« Les peuples pastoraux sont
en général profondément conscients de la relation entre les pratiques de
pâturage du bétail, et la façon dont les jeunes bêtes intériorisent une mémoire
des lieux au cours de leur période de formation, tout en suivant leurs mères,
elles-mêmes bien adaptées à ce milieu.
“Le troupeau doit savoir « être » bien en
montagne”, comme le dit si bien
Victor Suero, berger de Ceñal. Et ce verbe « être » /estar/,
il est impossible de savoir s’il est la cause ou la conséquence de l’appel
auquel répondent les bêtes chaque printemps, et de la façon dont alors les
bergers les dirigent. En effet, quand arrive le mois d’avril,
“les brebis sentent la montagne”, et
il devient très difficile de les retenir dans les zones d’hivernage.
C’est ce comportement qui
rend crucial le choix des animaux lorsqu’on renouvelle les bêtes d’un troupeau,
et oblige à se fournir sur des marchés très éloignés, seule façon d’éviter que
des chèvres ou des vaches, bonnes marcheuses, entreprennent ensuite de revenir
vers la montagne qu’elles connaissent.
Les raisons de ce
comportement, et d’autres tout aussi vitaux, il faut les rechercher dans ce
complexe processus de mémorisation de règles qu’intègrent les troupeaux adaptés
à la vie dans les Picos de Europa. En découle une occupation efficace des
pâturages en fonction de la variété des emplacements. Une des idées clés du
berger se traduit par le concept de
“faire troupeau /hacer rebaño/”, c’est à dire :
-
contrôler les
saillies afin de concentrer les mises-bas en février ;
-
sélectionner les
agnelles et chevrettes qui feront partie du troupeau ;
-
mettre en
relation bêtes et territoires à partir d’itinéraires d’aller et de retour ;
-
définir aussi
bien les zones de repos ou de séjour que les circuits quotidiens autour de la
“majada”
/en montagne, ensemble constitué par les cabanes des bergers, les parcs, un
point d’eau, des frênes lorsque l’altitude le permet, où l’on trait les bêtes
matin et soir et fabrique le fromage/,
en prêtant une attention particulière au
rôle de guide joué par les femelles adultes.
Mais tout ce système
s’écroule lorsque des prédateurs aussi efficaces que le loup pénètrent de
manière systématique au milieu des troupeaux. Alors les chèvres, comme on dit en
asturien “se engarman”, se réfugient
dans des lieux escarpés, et adoptent des comportements de plus en plus sauvages,
comme les isards ou les chamois. Le berger ne peut plus contrôler les
déplacements du bétail, et le troupeau, poussé par l’impérieuse nécessité de se
protéger du danger, devient ingérable.
Chez les brebis, le résultat
est ravageur : les prédateurs tuent beaucoup plus que nécessaire pour se
nourrir. Parmi celles qui en réchappent, les unes restent blessées, les autres
accidentées par les dérochements que provoque la panique, et beaucoup se
perdent, désorientées.
Ainsi, dans ce milieu que
constitue un troupeau laitier de petit bétail – un des éléments clés du paysage
des Picos – une population de loups installée produit des effets dévastateurs.
Dans la conjoncture actuelle du pastoralisme, elle génère un grave impact
écologique. Sans compter la démotivation qu’entraîne chez les bergers les
dommages subis, ni le manque de considération pour les sentiments qui les lient
à leurs animaux (sentiments ignorés par les bureaucrates qui s’en rendent très
difficilement compte).
Et n’oublions pas les aussi
onéreuses qu’inefficaces mesures de protection au moyen desquelles on essaie de
faire taire leurs revendications.
D’autre part, les mesures
financières de compensation ne règlent pas le problème. Les animaux en effet
sont à la fois eux-mêmes et le contexte dans lequel ils ont acquis et expriment
leurs potentialités. Comme nous l’avons expliqué en plusieurs parties de ce
livre, ici les troupeaux sont le produit d’un long processus d’évolution : la
façon de tenir ces bêtes, les caractéristiques qui les définissent, sont
étroitement liées à des modes d’apprentissage et de détermination des
comportements. On peut tout à fait considérer ces espèces animales comme des
productions biologiques adaptées à ce difficile terroir, où, chaque printemps,
les femelles réactualisent leur double valeur, laitière et nourricière.
La politique actuelle de
compensation n’évalue pas correctement du tout l’intégralité des dommages que
même un simple petit groupe de loups peut occasionner à la biodiversité des
Picos, entendus comme paysage culturel d’une très grande valeur
( 2 ).
Ajoutons que, lorsqu’un troupeau laitier est victime d’une attaque, c’est la
ligne de flottaison de l’entreprise qui subit de plein fouet le dommage, mais
cette dernière devra attendre plusieurs mois avant de se remettre pleinement à
flot, et parfois tout l’été.
Le préjudice ne peut donc pas
être mesuré simplement en termes de compensation économique. Problèmes et
solutions sont bien plus complexes. Si un fonctionnaire, un chercheur ou quelque
technicien, est victime de dommages irréparables à ses archives ou documents
originaux, dont il ne possède pas de copies, à quoi lui sert d’être indemnisé
pour acheter un nouvel équipement, même six mois ou un an plus tard ?
De la même façon, le berger
doit réadapter les bêtes blessées ou effrayées, réussir à retrouver un équilibre
dans le troupeau, à retisser les liens entre les bêtes qui bien souvent se sont
alors rompus. Et si les pertes sont définitives, il doit reprendre à zéro tout
le travail qui permet à son troupeau d’être adapté à ce milieu qui, il faut le
rappeler, n’a rien à voir avec la simplicité d’une étable.
De la même façon encore, on
n’a jamais pris en compte dans l’estimation des préjudices, l’interruption de la
production fromagère, ni encore moins le grave dommage patrimonial que subit la
collectivité lorsque, complètement démoralisé par l’action des loups, l’un de
ces derniers fromagers de montagne abandonne définitivement.
Toutes ces questions
supposeraient un minutieux travail d’analyse, d’examen des nuances, rarement
envisagé dans les officines froides et distantes, assez éloignées en général du
travail délicat qu’exige la conduite des troupeaux fromagers en montagne. Pour
mener le bétail au bercail, et en même temps l’amener à produire de façon
rentable, le berger est le seul à savoir comment faire d’une mains sûre,
savante, avec ses chiens « à la bouche
douce » ( 3
), pour finir ainsi avec un exemple supplémentaire de toute la
finesse que nécessite cette adaptation au milieu.
Pour notre part, dans cet
essai, nous ne prétendons nullement rendre compte de toutes les connaissances
éthologiques des bergers des Picos dans leur façon de prendre soin de leurs
troupeaux, vaches, brebis et chèvres. Ce n’est pas du tout par manque d’intérêt
pour ces problèmes, mais au contraire par nos propres limites à en rendre compte
correctement : c’est en effet un très vaste domaine du savoir, au bord de
l’extinction sans que nul ne lui ait jamais dédié au moins quelques pages
d’attention.
Pour l’instant, notre objectif est de montrer l’oubli scientifique et institutionnel dont souffrent ces connaissances décisives, alors qu’elles affectent directement l’écologie de la montagne, la conservation de la biodiversité, et celle d’un paysage où, comme en peu d’autres lieux, on peut observer une très ancienne synthèse entre nature et culture. /…./ »
« Marquis, fonctionnaires, politiques et bergers – Un siècle de mésencontre
entre nature et culture dans les Picos de Europa », Jaime Izquierdo, Gonzalo
Barrena – Ediciones Nobel, 2006.
Pages 140-144, traduction B. Besche-Commenge.
22 août 2007
( 1 )
Note du traducteur:
“Marquis”, parce que Pedro Pidal (1869-1941), marquis de Villaviciosa,
membre influent de l’aristocratie asturienne, en très bons termes avec
le roi Alphonse XIII, fut le promoteur de la création du premier Parc
National espagnol, celui de la montagne de Covagonda, dans les Picos de
Europa en 1918. Comme le
montrent les auteurs, création déjà totalement déphasée par rapport à la
réalité des Picos : « paysage culturel » et non pas « paysage naturel »,
pour reprendre l’expression des auteurs.
( 2 )
Note du traducteur
: “paysage culturel”, à
plusieurs reprises, les auteurs emploient par ailleurs le concept
de “naturaleza culta”, on ne
peut mieux le traduire que par
“nature domestique”, en empruntant ces mots aux travaux de Philippe
descola,
anthropologue au Collège de France. Parmi ses nombreuses publications,
souvent spécialisées:
La nature domestique – Symbolisme
et praxis dans l’écologie des Achuar, Editions de la MSH, Paris,
1986. La célèbre collection
Terre humaine a publié de
lui: Les lances du crépuscule –
Relation Jivaros, Haute-Amazonie, Plon, 1993.
A mi-chemin de la “nature” naturelle, totalement sauvage, et d’une
artificialisation totale des milieux, cette notion de “nature
domestique” peut s’appliquer à la quasi totalité des milieux de montagne
que les apôtres du sauvage considèrent comme simplement “naturels”, sans
voir que, depuis le néolithique, les hommes les ont ainsi transformés en
nature domestique.
( 3 )
Note de l’auteur:
“boca dulce”, expression de
Miquel Concha, berger de Enol. Il qualifiait ainsi un chien capable de
se faire obéir d’une bête sans la mordre, et donc sans provoquer ni peur
ni dommage. Cette qualité des chiens est essentielle dans des terrains
difficiles et très accidentés, où une intervention brusque peut
entraîner des chutes.
Mai 2008. L'ADDIP, coordination pyrénéenne, dresse le bilan du plan-ours.
"Ecologie : un vrai problème manipulé de façon inquiétante. Bilan de la situation créée par le plan de conservation et de restauration de l'ours brun 2006-2009, et conséquences sur l'avenir du massif."
Nous avons le plaisir de vous présenter notre bilan de la situation créée par le plan ours 2006-2009. Il est le résultat de travaux de recherche et d’investigation, menés et réalisés par l’ADDIP (Association pour le Développement Durable de l’Identité des Pyrénées).
C’est aussi votre avenir, celui de nos enfants.
Défendons le ensemble. ADDIP, mai 2008
L’ADDIP remercie Bruno Besche Commenge, concepteur et rédacteur de ce rapport pour son enthousiasme, son énergie et bien évidemment, pour l’important travail réalisé.
Nous avons adressé ce bilan le 12 juin 2008 à Nicolas Sarkozy, Président de la République ; Jean-Louis Borloo, Ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et du Territoire ; Michel Barnier, Ministre de l'Agriculture et de la Pêche ; Nathalie Kosciusko-Morizet. Nous leur avons demandé à chacun audience.
|
Ecologie : un vrai problème manipulé de façon inquiétante. Bilan de la situation créée par le plan de conservation et de restauration de l'ours brun 2006-2009, et conséquences sur l'avenir du massif." LE BILAN COMPLET de L'ADDIPA lire et télécharger ici |
Nous vous invitons vivement à la lecture de l'intégralité du bilan, c'est un document unique et fondateur pour qui s'intéresse au devenir des Pyrénées.
PRESENTATION D'INTRODUCTION AU BILAN DE L'ADDIP A lire ci-dessous et à télécharger en Version brochure imprimable ici |
Présentation d'introduction au bilan de l'ADDIP : nous vous recommandons la version téléchargeable, au format " brochure" attractif et plus lisible que la présente page.
Les numéros de pages renvoient au bilan complet, où chaque sujet est développé, analysé, et complété par les références des citations.
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ADDIP, Coordination des associations de sauvegarde du patrimoine
pyrénéen : Aspap 09, Adip 31, Aspp 65, Ftem 64
Siège social : Fédération Pastorale 5-7 rue du Cap de la Ville BP23
09000 FOIX |



Madame, Monsieur,
Nous avons le plaisir de vous présenter notre bilan de la situation
créée aujourd’hui par le Plan-Ours 2006-2009,
résultat de travaux de recherche et d’investigation, menés et réalisés
par l’ ADDIP (Association pour le Développement Durable de l’Identité
des Pyrénées).
Elus politiques et socio-professionnels, éleveurs, professionnels du
tourisme et des activités de montagne,
randonneurs, habitants des villages, scientifiques … L’ADDIP
regroupe les associations départementales opposées à l’ensauvagement
artificiellement recréé du massif pyrénéen que supposerait une
population d’ours naturellement viable.
Refusant de confondre l’écume et la marée, l’arbre et la forêt, l’ours
et la biodiversité, nous avons réfléchi ce bilan globalement, en élevant
le débat au-delà de la question simpliste « pro ou anti ours » dans
lequel il eût été commode de nous enfermer. En 4 pages, nous vous
proposons ici la carte qui en
dessine les grands axes. Une carte, ce n’est pas le paysage : aussi,
nous vous invitons à la lecture complète de notre bilan,
à la rencontre des hommes et
des territoires montagnards.
Nous vous invitons à partager notre réflexion sur le passé, le présent
de notre massif, et le rôle qu’il doit jouer dans l’avenir au croisement
de ces deux défis mondiaux pour le nouveau millénaire : conservation de
la biodiversité et développement durable. C’est l’enjeu que nous avons à
défendre.
C’est aussi votre avenir, celui de nos enfants.
Défendons le ensemble.
ADDIP, Mai 2008
Introduction : comment penser,
et qu’y a-t-il à penser ?

Il sera question d’ours, de Pyrénées, mais de femmes et d’hommes d’abord.
Ni les uns ni les autres ne sont de petits astres solitaires. Ils
appartiennent, tous, à un système complexe, évolutif, très ancien mais
un peu fatigué on le sait : notre planète Terre.

Hommes, bétail, montagne, inséparables et calmes

Rendons ses droits à « la nature »,
Laissons faire « la nature »
nous dit-on ...
Les Pyrénées ne sont pas naturelles !
Comme bien d’autres paysages français, elles sont “ le fruit d’une
coévolution du travail de la nature et de l’homme ”
(source : Grenelle de l’Environnement- Groupe 2)
"La transhumance est essentielle au maintien de la biodiversité"
(source : ministère de l’Ecologie 2006)
![]()
Que le mode de production
dominant de la société industrielle, y compris agricole, ait dégradé les
milieux est une réalité aujourd’hui reconnue par tous, même s’il est absurde
de le réduire à cela.
A
l’inverse, les modes d’utilisation
agro-pastoraux du milieu pyrénéen se situent dans des logiques différentes,
à la fois héritage de méthodes séculaires et résolument redevenues modernes
parce que « durables ».
La richesse pyrénéenne, biodiversité à visage humain, est un tout. Sa base
vitale est le maintien et la relance d’un pastoralisme dans les formes qui
permirent à ce milieu de devenir ce qu’il est.
Mais avec des visages adaptés au monde moderne.

Alors que ni loups ni ours bruns ne sont espèces menacées, la fixation
française sur ces espèces emblématiques est en fait totalement déconnectée
des problèmes de fond de la biodiversité, et de modes de développement
repensés, moins agressifs, « durables ».
Elle
se situe à l’inverse des courants d’analyse, scientifiques et non
idéologiques, sur lesquels le Grenelle de l’environnement a construit sa
réflexion.
Les extraits de textes scientifiques
internationaux publiés dans notre bilan démontrent comment la fixation sur
ces espèces sauvages est un masque, qui, loin de répondre aux problèmes de
fond de notre nouveau millénaire, oriente sur des voies contraires à celles
recherchées. Et crée en même temps autant de drames, que de bien vaines
situations conflictuelles.
Attaque imputable à l'ours. Ariège, été 2007
Agriculteurs de montagne :
Producteurs, jardiniers ou indiens des Pyrénées ?
Recalés en tant que producteurs par la Politique Agricole Commune,
uniquement repêchés comme « jardiniers des montagnes»,
les éleveurs pyrénéens voient
aujourd’hui l’espace montagnard devenir
biotope adapté aux grands
carnivores, tandis que leurs cheptels ne seraient qu’opportunité
supplémentaire au prédateur opportuniste …
(extraits du plan loup 2008-2012, page 6)
Vont-ils devenir les « indiens » d’une « réserve de paysans » telle que le
projet existe déjà dans les Asturies ?
Nous
dévoilons dans notre bilan le plan conçu en 1997 qui fixe à l’Europe cet
objectif : «des réserves naturelles
de faune sauvage limitées ne sont pas suffisantes pour les grands
carnivores ».
« le contrôle de la
totalité du paysage est indispensable à la conservation des espèces à
territoire étendu
»
Le
pastoralisme pyrénéen remplit une mission complexe et multiple : d’abord
nourrir les hommes avec des aliments de qualité, mais aussi générer les
externalités positives que permettent ces espaces, non pas “naturels” mais
non-artificiels : agro-pastoralisme et tourisme de montagne, très ancienne
conjonction dans les Pyrénées. Ce projet de 1997 a déjà commencé à être mis
en œuvre, il menace directement toutes ces activités, et l’écrit clairement.
Savoir
des troupeaux, savoir des
hommes :
un
système agro-pastoral
Ariège, « escabot » en estive
![]()
Le système repose sur des savoirs agropastoraux aux antipodes de l’image
qu’en donne l’ensemble des acteurs engagés dans le plan ours. Système de
petits groupes de bêtes, les «
escabòts », dispersés sur toute la montagne, et surveillés dans une
forme de semi-liberté au croisement de quatre facteurs :
- ce que
le milieu permet,
- le choix par les bêtes elles-mêmes des
places de nourrissage, de chôme, de couchage, en fonction de besoins que,
pour leur bien être, elles connaissent
bien mieux que les hommes,
- la façon globale dont le berger,
souvent un éleveur-berger dans les Pyrénées, entend gérer sur la saison
l’ensemble de l’estive et des différents troupeaux,
- les aléas de
la météorologie.

Début d’été pour cette vache race Gasconne
et son veau à l’étage intermédiaire
L’ours, espèce
juridique à géographie variable
Les
importations d’ours dans les Pyrénées, sont régulièrement présentées comme
une obligation à laquelle la France ne saurait se soustraire du fait de ses
engagements: Convention de Berne, Directive « Habitats ».
Tout
engagement, tout traité se renégocie, c’est une constante de l’histoire,
sinon nous en serions encore à la Conférence de Berlin où, en 1885, les
puissances européennes se partagèrent l’Afrique.
Au
demeurant, la Convention de Berne permet bien plus que la renégociation :
« 1 -
Toute Partie contractante peut, à tout moment, dénoncer la présente
Convention en adressant une notification au Secrétaire Général du Conseil de
l'Europe. La dénonciation prendra effet le premier jour du mois qui suit
l'expiration d'une période de six mois après la date de réception de la
notification par le Secrétaire Général.»

-
La lignée pyrénéenne d’ours brun a
disparu ... page 9
- L’ours
brun (ursus arctos) n’est pas recensé dans la liste UICN qui sert de
référence mondiale pour l’inventaire des espèces menacées ... page 9
- L’ours
brun ne fait pas partie des espèces vulnérables ou en danger dans l’« aire
du paléarctique occidental » que définit la Communauté Européenne pour
le classement des espèces communautaires menacées. Plus de 130.000 ours
bruns vivent dans ce territoire, qui s’étend de l’Oural à l’Afrique du Nord
... page 10
- L’Europe à
26 abrite de nouvelles populations d’ours bruns, abondantes et en expansion
... page 12
RIEN
dans ces textes ne justifie les opérations engagées soi disant parce que ces
textes “premiers” nous y obligeraient. Glissements sur la rigueur
scientifique des définitions, confusions sur les notions
politico-historiques et la réalité biogéographique ... la démarche est
étrange, et insoutenable.
Et
l’on peut ajouter qu’à moins de réduire la biodiversité aux espèces
emblématiques, bien d’autres espèces ont disparu ou quasiment disparu du
territoire aujourd’hui concerné par la Convention, sans devenir pour autant
cause nationale d’une urgence irrépressible. Que
« la biodiversité des bactéries
lactiques utilisées dans la fabrication du fromage /ait/ diminué de plus de
30 % en vingt ans », cette disparition suscite beaucoup moins que
l’ours, la passion française, et européenne. Il est vrai que l’on s’est
rarement, petit, endormi en serrant une bactérie dans ses bras.


![]()
Indirectement, certaines des associations militant en faveur des
importations d’ours dans les Pyrénées reconnaissent cependant que l’ours
pyrénéen appartient bien à cette espèce non menacée, par rapport à laquelle
il ne présente aucune particularité. Ainsi, le 5 octobre 2007, sur le site
de l’ADET à propos des ours retrouvés morts dans le Parc National des
Abruzzes : « Si l'ours des Pyrénées
ne constitue en rien une espèce, ni même une sous-espèce, l'ours des
Abruzzes, dit marsican, présente lui /etc ..
Une
autre justification a alors été inventée : l’espèce-parapluie. Cette image
prétend refléter le fait que l’ours, placé en haut de la chaîne trophique,
serait le garant de la qualité des milieux qu’il fréquente : un indicateur
donné par la nature à l’homme qui, en le préservant, assure ainsi la
préservation du milieu. De l’ex-URSS, à Tchernobyl en Ukraine,
l’ours-parapluie a toujours été très abondant … il n’a jamais rien protégé
du tout .
C’est normal, pour les scientifiques, l’ours est un prédateur opportuniste,
et donc « piètre indicateur
biologique ».

Espèce non menacée, parapluie trouée, opportuniste piètre indicateur
biologique. … mais alors … que reste-t-il de nos « am-ours » pour justifier
un tel engagement partisan ?
... Il
reste le marché, vendre, aux dépens s’il le faut de l’ours : l’ours comme
produit d’appel.
L’ours espèce machine-à-sous
… cette réduction d’une grande cause à de petits effets devrait inquiéter,
au moins, les associations dédiées à cet animal. Une étude récente montre au
contraire que, chez ceux qui veulent des ours, l’idée fait son chemin.
EUROPE : SYSTEME MODELE ?
![]()
S’appuyant sur l’idée « d’enclaves déterminées » où l’ours serait vendu
comme produit d’appel, les Asturies et le Trentin devaient servir de modèle
aux Pyrénées. A regarder les faits, ces exemples que le Ministère de
l’Environnement français .propose
à notre admiration ne sont pas ce paradis des ours, des hommes, et du
développement durable.
![]()
En
France, l’ADET tente de valoriser elle aussi l’ours par la promotion
d’activités respectueuses de l’environnement ... Louable intention, mais
piètre résultat. Il suffit de comparer la production ovine de « broutard du
pays de l’ours », simple marque commerciale, et celle de l’AOC
Barèges-Gavarnie, au cahier des charges très strict pour les garanties du
consommateur.
![]()
Puisque l’Etat souhaite s’inspirer des expériences européennes, il serait
bon qu’il entende aussi la conclusion du FAPAS, principale association de
défense de l’ours cantabrique, au sujet des introductions « à la
française ». Elle est sans appel :
« la
réintroduction, bien qu’elle soit faite correctement sur le plan technique,
en réalité montre bien que les stratégies de conservation menées en dernière
extrémité et à coups de millions investis pendant tant d’années, se sont
achevées sur un échec».
OU ... SYSTEME D’INFLUENCES
?
![]()
Cette déclaration a peu de chances d’être entendue par l’administration
française de l’environnement. De rapports en missions parlementaires, élus
et Inspecteurs Généraux dénoncent son
« anormale proximité avec les milieux écologistes dont elle est en partie
issue ». La question de l’ours est l’exemple même du traitement partisan
et militant de l’administration dans ce dossier, qui a conduit les Pyrénées
à une crise sociale sans précédent.
![]()
Fin
novembre 2007 la Commission Européenne de l’Environnement a adopté en
interne un projet de loi visant à réglementer
« les activités des représentants
d’intérêts (lobbyistes) dans les institutions européennes ». La
description de la situation présente est impressionnante : intrication entre
services, conseillers, organes exécutifs, experts, et
« représentants d'intérêts
("lobbyistes") » ;
«recours à des pratiques dénuées
d'éthique », personnels et experts rétribués par divers organismes
privés ou ONG, reconversion directe de fonctionnaires dans ces mêmes
organismes sans aucune transition.
Cette intrication des réseaux
prend toute sa dimension dans le programme européen LIFE-COEX, inconnu du
grand public, dont l’objet est de « favoriser la coexistence entre les
grands carnivores et la présence humaine » et qui entre autres, finance l’Adet
et le WWF dans le cadre du programme ours en France.
![]()
Les préconisations de ce
lobby de l’ensauvagement se retrouvent, telles quelles, dans les évolutions
actuelles les plus importantes de la nouvelle PAC,
Politique Agricole Commune européenne. Cela parait invraisemblable, nous en
apportons les preuves.
De
même nous dévoilons les mensonges du plan ours,
qui a caché à la population le nourrissage des ours importés de Slovénie
avec des carcasses de bétail, ce qui
explique leur alimentation carnivore en France
et leur absence de crainte vis-à-vis de l’homme. La Slovénie avoue
elle-même chercher à se débarrasser des ours à problèmes en les
« transférant vers des pays qui ont foi en la population d’ours slovènes » :
la France !
LA FRANCE A L’HEURE DES CHOIX
![]()
«
Construire » l’ensauvagement dans des sites humanisés : nous montrons
comment ce projet avance, tantôt en sourdine et tantôt exhibé.
« Le contrôle de la totalité du
paysage en faveur des grands carnivores », déjà dans les formes de la
nouvelle PAC, menace agriculture, tourisme et activités de plein air.
Cet
ensauvagement du milieu est contradictoire avec la préservation de ce vaste
réseau pyrénéen des sites Natura 2000, reconnu de grande qualité alors même
qu’ours et loups autochtones en ont disparu.
Loin de réduire la biodiversité aux seules
espèces sauvages, surtout lorsqu’elles ne sont pas menacées, la Conférence
de Rio, Agenda 21, accordent une place centrale à
« la diversité actuelle des races
animales pour faire face aux besoins futurs », et
« aux connaissances du milieu et
pratiques traditionnelles des populations autochtones ».
Nous
appelons l’Etat et l’Europe au dialogue pour, avec leur aide, continuer à
faire des Pyrénées ce que nos ancêtres en ont fait et que nous continuons:
- un
lieu de productions alimentaires de qualité,
où nous savons produire sans peser sur le milieu, et maintenir ces races
autochtones redevenues enjeux du millénaire;
- un
lieu de biodiversité à visage humain, à
la flore exceptionnelle, à la faune riche et variée, même s’il n’y a plus
d’ours;
- un
lieu d’externalités positives, vivant,
ouvert, et accueillant à toutes celles et ceux qui y trouvent, pour leur
plaisir, beauté des sites, détente, activité de loisirs.

Début d’automne pour la race Brune des Pyrénées en crête,
calmes, seuls, tranquilles, elles et ils profitent
(c) ADDIP, Mai 2008
Élevage ovin, subventions, revenu des éleveurs
Remettons les pendules à l’heure

B.Besche-Commenge – ASPAP/ADDIP – 17 octobre 2008
téléchargez le dossier complet ici
Les sectes du sauvage proposent aux citoyens un argumentaire aux multiples
facettes. L’une d’elle, ancienne et continue, est, dans la forme, moralement
inacceptable, sur le fond tout autant malhonnête.
Le « raisonnement », si l’on peut dire, est le suivant : grassement arrosés par
des subventions, produits de nos impôts, les éleveurs, ovins en particulier,
doivent se plier à l’imposition des ours et des loups ; on paye ces éleveurs,
ils nous coûtent cher (la spéculation aussi en ce moment, mais ça n’a rien à
voir n’est-ce pas ?), ce n’est pas à eux de choisir ce que l’on veut pour cet
argent, le nôtre.
Inquiétant discours, qui prostitue ainsi femmes et hommes : on paie, vous
exécutez nos désirs. Le Code du Travail reconnaît un droit de retrait aux
salariés en cas de danger grave et imminent, on n’est plus à l’époque où celui
qui travaille était pieds et poings liés à celui qui payait son travail …
qu’importe à nos talibans. Mais face au droit des ours, que pèsent les droits de
l’homme : Ferus, dans le numéro du juin 2008 de sa « Gazette
des grands prédateurs »,
parlait bien de « crime contre
l’humanité » à propos de la mort de la dernière ourse pyrénéenne sous la
balle d’un chasseur menacé par la bête.
Sur le fond c’est presque aussi grave.
Les documents statistiques que nous citons ci-dessous sont ennuyeux à lire : on
peut, c’est vrai, tout à fait s’en
passer, et continuer à dire n’importe quoi sans savoir de quoi l’on parle. On
peut aussi faire l’effort de se renseigner : ça reste quand même la base de
l’exercice du droit de citoyen, le devoir de ce droit.
Ils montrent la réalité sociale, économique de ces « grassement subventionnés »
qui devraient s’incliner devant les carnivores sauvages, à quatre pattes mais
certains à deux pattes, et ceux-là prouvent que, oui, certains hommes sont un
loup pour l’homme.
B.Besche-Commenge – ASPAP/ADDIP – 17 octobre 2008
Commission des comptes de l’agriculture de la Nation - Session du 1er juillet
2008
LES COMPTES PROVISOIRES
PAR CATÉGORIE D'EXPLOITATIONS POUR 2007
I ) – l e s r
e v e n u s
Page 1 – « Les récoltes de céréales se réduisent pour la troisième année
consécutive. Les prix s’envolent, tirés par le marché mondial sur lequel les
stocks sont très bas. Dans ce contexte, le revenu des exploitations spécialisées
en céréales, oléagineux et protéagineux double (+ 103,9 %). Celui des
exploitations d’autres grandes cultures s’accroît moins fortement (+ 18,4 %), en
raison des baisses de prix des pommes de terre et des betteraves. /…/
Exception faite des volailles et du lait, les productions animales connaissent
une situation difficile. La légère augmentation du volume de la production de
gros bovins et de porcins ne compense pas leurs baisses de prix. A l’inverse, la
hausse des cours du veau ne permet pas de rattraper la baisse des volumes
produits. De plus, la hausse sensible des prix de l’alimentation animale pèse
fortement sur les charges d’approvisionnement. Le revenu s’inscrit donc en
fort recul pour les exploitations d’élevage hors sol (- 38,4 %), ovins (- 31,8
%) et bovins viande (- 24,7 %) »
Commentaire:
« ovins et autres herbivores », cette catégorie ne comprend pas les bovins,
comptés à part. Ovins et caprins y sont
très majoritaires à côté des équins.
Les deux graphiques ci-dessous montrent que le revenu des éleveurs de cette
catégorie est, depuis 1993, constamment inférieur au
revenu moyen de l’ensemble des exploitations agricoles, avec une
dégradation de cette situation depuis 2003. Le second graphique montre plus
particulièrement comment leur revenu est
même en recul pour les trois années 2004-05-06 par rapport à ce qu’il
était en … 1991 ! Et c’était déjà alors un des deux revenus les plus faibles de
toutes les activités agricoles.
Graphique page 8 -
Élevage ovin et autres herbivores

Graphique page 10 – « Disparités
et évolutions à long terme du revenu
L’augmentation du revenu agricole moyen par actif est de 1,5 % par an, en termes réels, entre 1990 et 2007, pour l’ensemble des exploitations professionnelles. Mais les situations sont très variables selon les spécialisations. »

Commentaires
1) - pour comprendre les tableaux:
les années écrites entre guillemets
(ci-dessus : "1991", "2006") correspondent à une moyenne calculée sur trois
années, la date indiquée étant l’année centrale : "1991" signifie donc qu’on a
fait la moyenne des revenus des trois années : 1990 + 1991 (année centrale) +
1992. Cette « moyenne triennale centrée sur l’année indiquée » - c’est son nom -
est un procédé statistique qui permet d’atténuer les variations de nature
conjoncturelle, celles d’une année
un peu anormale, non caractéristique.
La graphique ci-dessus compare donc la situation en 2005 + 06 + 07 ("2006" année
centrale) à celle des années 1990 + 91 + 92 ("1991" année centrale)
Dans tous les tableaux, une date entre guillemets correspond à cette moyenne.
Sans guillemets, il s’agit de la
date indiquée.
On trouve les deux dans certains tableaux. Par exemple : l’année qu’on étudie
est 2007, on l’écrit sans guillemets. On va alors la comparer non pas à la seule
année précédente, qui pouvait présenter des particularités exceptionnelles,
mais, pour plus de sûreté, aux trois années précédentes : 2004 + 2005 (année
centrale) + 2006. Comme 2005 est l’année centrale, on va écrire : "2005".
Dans le tableau on aura alors : 2007 / "2005" = on compare l’année 2007 (pas de
guillemets) à la moyenne des trois années précédentes : 2004 + 05 (année
centrale avec guillemets) + 06.
2) – le contenu :
« Agreste - Primeur», la revue du
Ministère de l’Agriculture consacrée à la statistique agricole, indiquait
en juillet 2008 à propos des évolutions de l’année précédente :
« Hausses
de revenu mais fortes disparités -
Le revenu agricole moyen progresse de
17 % en 2007. L’envolée des prix des
céréales et des oléoprotéagineux,
favorise le revenu des producteurs de
grandes cultures mais pèse sur celui
des éleveurs. »
Page 2, elle publiait un tableau de l’évolution récente du revenu agricole, basé
sur la comparaison des moyennes triennales centrées sur les années "2006" et
"2003" (donc période 2002 à 2007), et sur celle des deux années calendaires 2007
et 2006. Pour les deux époques, l’évolution est catastrophique pour les éleveurs
d’ovins, ce que la revue commente ainsi :
« Fort
recul du revenu pour les éleveurs ovins -
Le revenu des exploitations ovines chute de 32 % en 2007. Les
abattages sont moins nombreux et les prix se stabilisent. La
non-reconduction des aides calamités sécheresse réduit aussi les
ressources dans les zones concernées. En baisse annuelle moyenne
de 5 % depuis 2002, le revenu des exploitations ovines atteint un
point historiquement bas en 2007. Il représentait 70 % du
revenu moyen agricole au début des années quatre-vingt-dix. Il en
constitue désormais 50 %. »

Il faut bien noter que toutes ces données sont calculées hors inflation (dans les tableaux suivants, on parle de euros courants).
La perte réelle est alors bien plus importante que ce que montrent ces
statistiques.
Page 7-8
– « Élevage ovin et autres
herbivores - Nouvelle baisse de la production
Le revenu par actif non salarié des exploitations d’élevage d’ovins et autres
herbivores chute de 31,8 % cette année, après une sensible augmentation en 2006.
Le volume de la production ovine et caprine est en baisse de 3,7 % . Les
abattages ont été moins nombreux, en particulier pour les ovins de réforme, et
les exportations ont diminué. Les prix se stabilisent sur l’ensemble de la
campagne : après avoir baissé en début d’année, ils remontent depuis l’été en
raison des restrictions à l’importation des viandes en provenance du Royaume-Uni
touché par la fièvre aphteuse.
Les hausses de prix de l’alimentation animale impactent les charges
d’approvisionnement qui progressent sensiblement en valeur (+ 9,7 %).
Tendanciellement orienté à la baisse depuis 2002 (- 5 % en moyenne annuelle), le
revenu des exploitations ovines atteint un point historiquement bas en 2007. Son
niveau représentait 72 % du revenu moyen des exploitations professionnelles au
début des années 1990 ; il est légèrement supérieur à 50 % de ce revenu moyen en
2007.
Page 12 -
Tableau 1
: Indicateur d'évolution du revenu net d'entreprise agricole par actif non
salarié selon les catégories d'exploitations (résultat courant avant impôts par
UTANS) »
|
|
Résultat courant avant impôts par UTA non salariée en termes réels, en %
annuel
Évolutions annuelles moyennes (%) |
Niveau moyen
(Ensemble des exploitations professionnelles = base 100) |
||||||
|
2005/04 |
2006/05 |
2007/06 |
2007/”05” |
“2006”/”03” |
“2006”/”1991” |
“1991” |
“2006” |
|
|
Ensemble des exploitations
|
- 10,6 |
15,1 |
17,0 |
11,1 |
1,6 |
1,5 |
100 |
100 |
|
Ensemble grandes cultures |
-18,9 |
38,0 |
71,3 |
40,1 |
7,7 |
3,0
|
108 |
134 |
|
Ovins et autres herbivores |
-11,9 |
18,4 |
-31,8 |
-14,5 |
-5,3 |
-0,8 |
72 |
51 |
Source : SCEES, RICA et comptes nationaux par catégorie d'exploitations
Commentaire :
pour les dates entre guillemets, voir commentaire précédent.
Dans le tableau 1 ci-dessus, dans la dernière colonne, pour chacune des deux
périodes retenues, la moyenne du revenu de l’ensemble des productions agricoles
est symbolisée par la base 100. Déjà très en dessous de cette moyenne pour
“1991” (ils n’atteignent que 72% de cette moyenne), les revenus de l’élevage
ovin régressent encore énormément pour “2006” où ils représentent à peine la
moitié de ce revenu moyen (51%).
C’est ce qu’expliquent les colonnes précédentes du tableau : à l’inverse de
l’ensemble, et notamment des grandes cultures, l’élevage ovin perd de sa
rentabilité de façon continue, à une seule exception les comparaisons entre
années ou périodes sont toujours négatives.
Page 13 – « Tableau
3 : Indicateur d'évolution de revenu net d'entreprise agricole par actif
non salarié en termes réels (résultat courant avant impôts par UTANS) sur longue
période selon les catégories d'exploitations -
Indices 1990=100 »
|
|
1990 |
1995 |
2000 |
2003 |
2004 |
2005 |
2006 |
2007 provisoire |
|
Ensemble des exploitations professionnelles |
100 |
125,1 |
118,7 |
109,2 |
113,2 |
101,2 |
116,4 |
136,2 |
|
Céréales, oléagineux, protéagineux |
100 |
208,1 |
159,1
|
148,9 |
142,9 |
110,3 |
155,1 |
316,3 |
|
Ovins et autres herbivores |
100 |
105,9 |
105,5 |
90,0 |
96,5 |
85,0 |
100,6 |
68,6 |
II ) – l e s
s u b v e n t i o n s
Page 14 – « Tableau
7 : valeur moyenne des subventions d'exploitation par exploitation -
Milliers d'euros courants »
|
|
1990 |
1995 |
2000 |
2005 |
2006 |
2007 provisoire |
|
Ensemble des exploitations professionnelles |
3,1
|
16,6
|
19,8 |
25 |
26,9 |
26,1 |
|
Céréales, oléagineux, protéagineux |
1,0 |
37,4 |
39 |
40,2 |
41,5 |
40,7 |
|
Autres grandes cultures |
1,8 |
22,5 |
24,8 |
29,0 |
33,7 |
32,9 |
|
Ensemble gdes.cultures |
1,7 |
32,9 |
34,8 |
37,0 |
39,2 |
38,5 |
|
Maraîchage et fleurs |
0,6 |
2,2 |
3,4 |
2,6 |
2,3 |
2,2 |
|
Ensemble viticulture |
0,8 |
2,4 |
2,6 |
3,8 |
4,4 |
4,9 |
|
Arboriculture fruitière |
2,1 |
6,6 |
13,3 |
11,6 |
10,5 |
9,6 |
|
Bovins lait |
2,9 |
9,2 |
12,1 |
21,0 |
23,8 |
23,2 |
|
Bovins viande |
7,7 |
18,71 |
23,7 |
34,2 |
36,7 |
34,2 |
|
Bovins mixtes |
4,0 |
6,2 |
20,5 |
35,5 |
37,8 |
36,6 |
|
Ovins et autres herbivores |
11,3 |
18,3 |
19,7 |
24,6 |
25,7 |
24,3 |
|
Hors sol |
2,6 |
10 |
14,1 |
15,2 |
16,5 |
16,1 |
|
Polyculture |
1,7 |
15,7 |
18,4 |
18,8 |
20,2 |
19,7 |
|
Elevage et culture |
3,4 |
20,4 |
25,7 |
33,6 |
36,3 |
35,2 |
Commentaire :
de 1990 à 2007, le constat est simple:
-
ensemble des exploitations : subventions multipliées par 8,42
-
céréales, oléagineux, protéagineux : multipliées par 40,7
-
ovins et autres herbivores (non bovins) : multipliées par 2,15 … sans
commentaire.
«
Données détaillées par catégorie d’exploitations »
Page 15 – « Tableau
8 : Ensemble des exploitations professionnelles
Valeur moyenne par exploitation en millier d'euros courants »
|
|
1990 |
1995 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
2006 |
2007
provisoire |
|
subventions d'exploitation |
3,1 |
16,6 |
19,8 |
21,6 |
22,8 |
24,3 |
25,0 |
25,0 |
26,9 |
26,1 |
|
résultat courant avant impôts (RCAI)
|
20,8 |
28,5 |
28,0 |
26,7 |
28,1 |
27,0 |
28,4 |
25,8 |
30,2 |
36,2 |
Page 15 – « Tableau
9 : Céréales, oléagineux, protéagineux
Valeur moyenne par exploitation en millier d'euros courants »
|
|
1990 |
1995 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
2006 |
2007
provisoire |
|
subventions d'exploitation |
1,0 |
37,4 |
39,0 |
41,2 |
41,5 |
41,7 |
41,7 |
40,2 |
41,5 |
40,7 |
|
résultat courant avant impôts (RCAI)
|
13,9 |
31,5 |
25,3 |
19,9 |
24,9 |
25,7 |
24,8 |
19,7 |
28,0 |
58,5 |
Page 19 – « Tableau 20 : Ovins et autres herbivores
Valeur moyenne par exploitation en millier d'euros courants »
|
|
1990 |
1995 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
2005 |
2006 |
2007
provisoire |
|
subventions d'exploitation |
11,3 |
18,3 |
19,7 |
21,3 |
22,9 |
24,5 |
25,2 |
24,6 |
25,7 |
24,3 |
|
résultat courant avant impôts (RCAI)
|
15,3 |
17,9 |
18,7 |
18,6 |
20,5 |
16,1 |
17,1 |
15,2 |
18,1 |
12,6 |
Commentaire :
le tableau ci-dessous résume la situation, rappelons qu’il s’agit d’évolutions
hors inflation, ce qui rend encore plus déprimante la situation vécue par les
éleveurs d’ovins. Sur la moyenne 2005+06+07, ils retrouvent leur résultat …
1990, alors que tout a augmenté lorsqu’on passe à la caisse. Je ne m’étends pas
ici sur les drames humains et sociaux que tout cela implique : l’ASPAP y
reviendra à partir de témoignages très concrets dans un travail d’enquêtes
qu’elle est en train de mener.
|
|
subventions d'exploitation
en milliers d’euros courants |
résultat courant avant impôts (RCAI)
en milliers d’euros courants |
||||
|
1990 |
“2006” |
augmentation |
1990 |
“2006” |
augmentation |
|
|
Moyenne |
3,1 |
26 |
x 8,4 |
20,8 |
30,7 |
x 1,5 |
|
Céréales etc… |
1 |
40,8 |
x 40,8 |
13,9 |
35,5 |
x 2,6 |
|
Ovins etc… |
11,3 |
24,9 |
x 2,2 |
15,3 |
15,3 |
x 0 |
Attaquer au nom des grands prédateurs, les éleveurs d’ovins au niveau de leur
revenu et des subventions, est, et je reste poli, une belle « saloperie » de la
part d’individus qui, même si globalement il y a une régression salariale, ont
quand même vu leurs salaires évoluer à la hausse depuis cette même année 1990
(et les subventions ne sont jamais qu’une forme de salaire, mais plus
qu’insuffisante puisque le revenu hors
inflation, lui, est resté constant en 18 ans. Quel salarié accepterait
cela ? Le même SMIG en 2008 qu’en 1990 ?). Et je ne parle pas des profits
délirants qui ont conduit à l’explosion actuelle de nos systèmes bancaires, et
de l’économie réelle. Comme tous ceux qui n’ont pour vivre que leur travail, ces
éleveurs aussi seront, bien involontairement, amenés à « contribuer » à résoudre
cette crise : c’est ce que dans notre doux système on appelle la justice sociale
et l’égalité.
Le 3 avril 2002, dans le cadre de la «
mission commune d'information
chargée de dresser un bilan de la politique de la montagne
et en particulier de l'application de la loi du 9 janvier 1985, de son avenir,
et de ses nécessaires adaptations
» , le Sénat interrogeait
M. Gilles Bazin, professeur de politique agricole à l'Institut national
agronomique Paris-Grignon, rapporteur de l'évaluation de la politique de la
montagne au Commissariat général du Plan. Il soulignait ceci, je mets en gras
certains passages :
« En ce qui concerne les exploitations
agricoles de montagne, il est très difficile d'évaluer l'impact spécifique de la
politique de compensation des handicaps naturels dans un cadre général où la
Politique agricole commune (PAC) est déterminante. Sur les cinquante milliards
de francs d'aides directes à l'agriculture fournis par la PAC, environ deux
milliards et demi vont à l'agriculture de montagne. Il demeure donc délicat de
bien évaluer cet impact quand il est noyé dans
une politique générale, la PAC, qui
n'est pas favorable à ces zones. /…/
Le budget de l'ICHN
/ = Indemnité Compensatoire des Handicaps Naturels /
a crû de manière spectaculaire ces trois
dernières années (+ 30 % entre 1999 et 2002),
sans que cela ne coûte à l'Etat,
étant donné que ces mesures qui étaient éligibles à 25 % le sont désormais à 50
%.
Du point de vue des revenus et de la parité des conditions de vie des
montagnards par rapport au reste de la nation, le bilan reste assez négatif.
La montagne, qui était la zone
bénéficiant le plus d'aides en 1990, est aujourd'hui celle qui est la plus
dépourvue en aides directes. Pour les zones défavorisées, notamment celles
périphériques à la montagne, l'ensemble du revenu des exploitants est égal au
soutien qu'ils perçoivent réellement. En effet, la réforme de la PAC a
particulièrement favorisé ces zones. En revanche,
la montagne est la zone où les revenus
sont les moins élevés et les soutiens publics à l'agriculture les plus faibles.
Contradictoirement, la PAC aide donc davantage les régions les plus riches.
Le revenu des exploitants de montagne reste inférieur de 30 % à la moyenne
nationale. L'ICHN en montagne représente aujourd'hui le tiers des aides et
environ 20 à 25 % du revenu. »
Je rassure les excités des sectes du sauvage: M. Bazin n’est pas adhérent de
l’ASPAP.
Assez bornés sur leur marotte pour ne même pas se rendre compte de cette
contradiction : pour le changement climatique, il vaut mieux sans aucun doute
promouvoir ours et loups et continuer à importer aliments de bétail et ovins au
lieu de relancer un élevage extensif important et viable dans les zones où il a
sa place « naturelle » et peut irriguer, sans grands déplacements, les bassins
de consommation voisins … Cargos sur les océans, noria de poids lourds sur les
routes européennes, pollution et tout le reste, ils s‘en foutent au fond pourvu
qu’ils aient nounours et petit loup !
Il faut effectivement choisir sa « « nature », naturelle culturelle, comme
l’écrivent de nombreux spécialistes espagnols (« naturaleza culta ») et
comme le sont les Pyrénées depuis le néolithique, ou reconstruction artificielle
d’une nature sauvage comme certains le souhaitent ? C’est un choix de société,
d’avenir, et l’on peut se poser des questions lorsqu’on met face à face ces deux
faits :
-
1997, le WWF finance un travail de recherche de « l’Initiative Européenne pour
la Conservation des Grands Carnivores », qui dépend de l’UICN (Union
Internationale de la Conservation de la Nature).
Cette étude,
uniquement disponible en anglais, porte sur la façon dont la PAC (Politique
Agricole Commune) devrait être modifiée pour aller « dans
un sens favorable aux grands carnivores ». On y découvre que tout ce qui
caractérisera la « nouvelle PAC » votée en 2003, est déjà contenu dans cette
étude (voir le
Bilan ADDIP 2008
à propos du plan-ours, pages 24-29)
- 2006, étude du service statistique du Ministère de l’Agriculture : « Premiers
effets de la nouvelle PAC sur les élevages bovins et ovins en 2006
-
Quelle reprise possible pour la production de viande ovine ? »,
dernière page :
« En déclin depuis le début des années
80, le cheptel ovin et la production de viande ovine ne seront pas
encouragés par l’application de l’accord de Luxembourg en France
qui se traduit par un découplage important des aides directes
ovines. En l’absence de données objectives disponibles sur le
niveau du cheptel ovin en 2006, les résultats connus d’abattage et de
production font craindre un nouveau recul du potentiel de
production. Globalement, la production ovine est en repli de 1,5
%, en cumul de janvier à août 2006, par rapport à la même période de
2005.
La baisse du nombre de femelles saillies, à l’enquête de novembre 2005,
laissait présager d’une nouvelle réduction de la production
d’agneaux, d’une ampleur cohérente avec le recul des abattages de
2 % en cumul de janvier à août, par rapport à 2005. En revanche,
les abattages d’ovins de réforme (+ 6,3 % en têtes) sont soutenus par
rapport à 2005 et laissent augurer d’une nouvelle diminution du
cheptel de brebis à l’enquête de novembre 2006. »
On peut continuer ainsi … transformer les estives en déserts humains peuplés
d’ours et de loups, continuer à faire circuler cargos et camions chargés de
bétail importé … C’est un choix … il y en a d’autres … On n’est plus du tout
dans un problème de bê-bêtes à poil, c’est un choix de fond, un choix politique.
Il ne serait pas inintéressant que, de temps en temps, les
« Politiques » justement, locaux et nationaux, s’expriment clairement sur
ce problème de fond. Des fois, ils sont quand même élus pour ça non?