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Pourquoi l'introduction d'ours pose problème : un programme séduisant ... mais bien loin des réalités L'avenir des Pyrénées telles que nous les connaissons se joue aujourd'hui.
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L’ours brun n’est pas une espèce menacée
L'ours des Pyrénées a définitivement disparu
La réintroduction de grands prédateurs fragilise le bel exemple de biodiversité
pyrénéen
L’ours brun n’est pas une espèce menacée : on compte environ 250 000 ours bruns dans l'hémisphère nord. La chasse à l'ours est pratiquée dans plusieurs pays pour y réguler les effectifs. Il n'y a pas d'urgence et d'enjeu majeurs autour de l'ours brun d'un point de vue écologique.
L'ours des Pyrénées a définitivement disparu : vouloir faire revivre l'ours des Pyrénées est illusoire, il ne reste plus que quelques mâles adultes d'origine pyrénéenne et aucune femelle. Toute tentative de croisement avec des femelles d'origine slovène ne fera pas revivre la souche pyrénéenne : il ne s'agit que d'une translocation, une importation d'animaux d'une région d'Europe vers une autre.
La réintroduction de grands prédateurs fragilise le bel exemple de biodiversité pyrénéen : les Pyrénées abritent un patrimoine exceptionnel d'espèces animales et florales (cf Natura 2000). Ce patrimoine doit en grande partie sa richesse et sa diversité à l'interaction de l'homme avec la nature. C'est notamment le pastoralisme qui, en maintenant les milieux ouverts, favorise cet équilibre écologique. Le retour des grands prédateurs, synonyme d'attaques des troupeaux, représente paradoxalement un danger pour la biodiversité.
C'est maintenant avéré au niveau mondial : l'élevage extensif (en extérieur) et les races domestiques autochtones, sont les éléments clefs de la biodiversité.
On n’en est plus à une époque où le concept flou de “protection de la nature", conduisait à une séparation rigide des humains, de l’espace, et des espèces animales et végétales : un monde quotidien où l’on acceptait que cette “nature” fût mise de côté avec d’autant plus d’insouciance que, par ailleurs, quelques zones et espèces emblématiques devenaient des sanctuaires, des icônes intouchables, au fond des alibis à une dégradation globale.
Absente par exemple de la convention de Berne en 1979, qui en est devenue obsolète parce que réductrice, la notion de biodiversité permet aujourd’hui une vision intégrée de problèmes jusqu’alors envisagés de façon ponctuelle et limitée. Oubliées y compris des zones Natura 2000
( 1 ), les biodiversités agricoles et ordinaires sont à présent au centre des préoccupations. Enfin ! Comme le souligne le rapport très récent du Grenelle de l'Environnement, groupe 2, page 16 : « Toute la biodiversité est concernée par cet enjeu à commencer par la biodiversité ordinaire, celle de tous les jours, celle qui n’est pas nécessairement protégée ».La
« Stratégie nationale pour la biodiversité », adoptée par la France en 2004 soulignait déjà comment « l’abandon du pâturage extensif » menaçait des espaces ouverts, comment « usages locaux et connaissances traditionnelles de la faune et la flore, tendent à s’effacer du fait de l’évolution des modes de vie », tandis que, sous l’apparence « d’un intérêt pour la nature /…/ la diversité du vivant reste une notion complexe, souvent mal appréhendée, au-delà de l’attachement à certaines espèces emblématiques (dauphin, baleine, ours...). »
Des dépenses disproportionnées
Un programme de réintroduction très gourmand : entre le coût des lâchers d'ours (achat, transport, dispositifs de gendarmerie sur les sites de lâcher...), le financement des équipes chargées du suivi de l'ours (y compris les repérages en avion lorsque les ours sont perdus), le financement des associations chargées de la promotion des programmes ours, la gestion d'un ours coûte cher.
La protection des troupeaux exige des budgets considérables : entre les aides aux investissements pour protéger les troupeaux et les indemnisations des dégâts, ce sont des millions d'euros qui sont dépensés chaque année. La réticence des éleveurs et des bergers, en profond désaccord sur la question de l'ours, évite un accroissement des dépenses. Pour information, un chiffrage évalue à 223 millions d'euros les investissements nécessaires ( constructions de cabannes, achat de patous et d'outils de télécommunication) pour protéger les 600 000 ovins du massif ainsi que 25 millions d'euros de fonctionnement annuel (embauche d'1 berger supplémentaire, entretien des patous, héliportage). L'Etat pourrait-il financer de telles demandes si l'ensemble de la profession adhérait au programme ?
En matière d'environnement, n'y aurait-il pas mieux à faire ? L'Etat a concentré ses efforts sur la réintroduction de l'ours alors qu'il existe aujourd'hui des phénomènes bien plus préoccupants à traiter.
L'ours est un prédateur carnivore : contrairement aux idées reçues et régulièrement colportées, l'ours ne mange pas que des myrtilles et des baies sauvages. Les bergers et les éleveurs sont bien placés pour le savoir : l'ours attaque régulièrement les troupeaux pour se nourrir, créant ainsi mortalité, blessures, disparition et stress permanent. Notamment sur les brebis et les agneaux, mais également sur les veaux, les vaches, les chevaux... sans oublier les rûches. Que ce soit en été sur les estives, mais également au printemps, en bas des vallées, dans et autour des villages.
Des moyens de protection inadaptés : le dispositif de protection prévu préconise l'utilisation de chiens patous, de parc de nuit électrifié et l'embauche de berger supplémentaire. Sur le terrain, l'expérience prouve que, si dans certains cas le dispositif permet de réduire les attaques, dans la plupart des situations, celui-ci ne peut pas être appliqué : sur les montagnes très hautes (2000 à 2800 mètres) ou très escarpées, il est inimaginable de vouloir regrouper toutes les nuits. Le regroupement nocturne est davantage synonyme d'affaiblissement des animaux (longues marches quotidiennes, impossibilité de manger aux heures fraîches, piétinement et développement des maladies...) et de vulnérabilité en cas d'attaque (troupeaux piégés derrière les fils électriques que ne craint pas l'ours).
Des chiens patous difficiles à gérer : ces chiens de protection représentent un problème majeur lors de leurs rencontres avec les randonneurs avec qui ils peuvent s'avérer très menaçants. En comptant un patou pour 80 brebis, ce sont plusieurs dizaines de ces chiens qu'il faudrait pour protéger chaque troupeau collectif : entre les ours et les 7500 patous nécessaires pour la protection des 600 000 ovins transhumant dans les Pyrénées, qu'en serait-il de la tranquillité tant appréciée par les adeptes de la montagne ?
Des conditions de travail inhumaines pour les bergers : le dispositif de protection a largement démontré ses limites : si un ours veut attaquer, il attaquera. Seule une surveillance de nuit avec des feux permettrait d'éloigner les prédateurs. Les bergers, pour la plupart déjà présents 7 jours sur 7 auprès des troupeaux, doivent-ils revivre comme au Moyen-Âge ? Leur demander de gérer la logistique de la mortalité (recherche permanente de cadavres, contacts répétés avec le suivi-ours, allers et retours multiples dans les dénivelés lors des expertises) au détriment du travail de soins et de surveillance, leur demander de supporter les images et les odeurs de charnier ainsi que la culpabilité des pertes est contraire à la nature et à l'esprit de cette profession. Découragés, de nombreux bergers abandonnent leur métier.
La sécurité des personnes en danger : contrairement au message véhiculé, l'ours est un animal imprévisible qui peut s'avérer dangereux pour l'homme. Notamment dans les cas où un promeneur passe entre une mère et son petit (ou autour de la tannière) ou lorsqu'il surprend un ours en train de manger. Le risque de confrontations se manifeste aussi bien l'été auprès des bergers et autres adeptes de la montagne que le reste de l'année dans les villages où les ours n'hésitent plus à tuer des brebis ou fouiller dans les poubelles. Malgré les tentatives de minimisation du danger, les cas de mortalités ou de blessures graves à l'étranger (Roumanie, Russie, Chine, Etats-Unis...) rappellent bien la réalité du problème. Ce sentiment d'insécurité est très mal vécu par les populations concernées.
Les ours et les hommes ont besoin de territoires séparés : pour tous les autres pays ayant l'expérience du plantigrade, il est évident que les ours et les hommes ne peuvent cohabiter sur les mêmes espaces et que chacun a des besoins spécifiques pour évoluer en toute tranquillité. Au Canada, en Slovénie, en Espagne (Cantabriques), en Italie (Abruzzes) etc..., les ours évoluent dans des zones limitées géographiquement où la présence et les activités humaines sont réduites. En offrant la totalité de l'espace pyrénéen aux ours, ni les uns ni les autres ne peuvent s'y retrouver.
Un programme imposé par la force
Les populations n'ont pas été consultées : comme le stipule la Convention de Berne, les projets de réintroduction de prédateurs doivent passer par la consultation et l'acceptation des populations locales. L'Etat a décidé de passer par dessus cette règle en prenant unilatéralement la décision de réintroduire. Ce n'est qu'après cette décision que quelques réunions de concertation ont été proposées, dont le but était d'élaborer les mesures d'accompagnement et de protection. Les opposants à la réintroduction, pas dupes de cette tromperie, ont majoritairement boycotté ces discussions.
Les instances politiques n'ont pas été écoutées : tour à tour, les représentants du peuple ont massivement exprimé leur désaccord face à ce programme. Plusieurs centaines de communes, les conseils généraux des départements concernés, une commission d'enquête parlementaire, les comités de massifs, l'Association Nationale des Elus de la Montagne... ont tous voté des délibérations, des motions, des rapports demandant l'arrêt de ces réintroductions. Les représentants des associations locales ont envoyé des courriers et des dossiers sans jamais obtenir les réponses et les rendez-vous demandés. Un déni démocratique indigne d'un Etat moderne.
Un manque de transparence et d'objectivité qui alimente le doute : une communication présentant l'arrivée de l'ours de manière idyllique et partisane, les risques et les impacts défavorables largement minimisés, une contestation ignorée et méprisée, la mise en oeuvre du programme confiée à des associations militantes, des résistances pour imputer certaines attaques à l'ours, les études de vulnérabilité du pastoralisme envisagées a postériori, l'utilisation régulière de moyens de répression pour éliminer l'opposition, autant de décisions qui font perdre à l'Etat de sa crédibilité.
Des choix politiques inquiétants
Une priorité à l'animal au détriment de l'homme : les pleins pouvoirs sont donnés à des ours intouchables, lâchés en pleine liberté. Parallèlement, on demande à l'être humain de se plier à cette situation imposée, sans l'écouter ni tenir compte des systèmes qu'il a mis en place. En vénérant ainsi un animal sauvage anthropomorphisé et personnifié à l'extrême, en sacralisant la Nature, certains espèrent peut-être s'affranchir d'un sentiment de culpabilité généré par nos modes de vie destructeurs de l'environnement. En définitive, le coût humain semble exorbitant par rapport au gain écologique.
Le tourisme s'en retrouve fragilisé : l'ours devait dynamiser le tourisme dans les Pyrénées. C'est l'effet inverse qui est en train de se produire : privilégiant tranquillité et sécurité, le tourisme familial menace de se détourner de cette destination. Dans les Pyrénées, le tourisme et l'agriculture représentent 2 piliers majeurs de l'économie montagnarde. Ces 2 secteurs se retrouvent aujourd'hui malmenés à travers les réintroductions.
Le prétexte écologique cache des intérêts marketing et médiatiques : le caractère réellement écologique de ces réintroductions ne fait pas l'unanimité. Par contre, la volonté d'utiliser l'image de l'ours et de se partager une manne financière importante est clairement affichée : pour exemple, les réintroductions orchestrées comme une véritable opération marketing et la déclinaison de toute une panoplie d'objets et d'enseignes à l'effigie d'un ours tout droit sorti de livres pour enfants. Les responsables du programme annoncent fièrement être installés sur « une mine d'or ». A l'heure de la marchandisation généralisée, après l'or blanc et l'or vert des montagnes, surgit aujourd'hui l'or sauvage.
Un programme pas très écologique : un plan conçu à distance par des intellectuels militants loin des réalités de ce que représente la montagne, une démarche davantage affective et partisane que scientifique, un acte apparemment écologique sans vraiment l'être, surtout gratifiant médiatiquement et juteux commercialement, qui donne bonne conscience et sans avoir à se priver de quoi que ce soit. Des ours soi-disant sauvages, habitués à être nourris par l'homme, arrachés à leur milieu d'origine, anesthésiés, opérés, équipés electroniquement, à qui on arrache des dents, escortés par des escadrons de gendarmerie, lâchés sur des territoires où les conditions de leur bienvenue n'ont pas été encouragées, recherchés pendant des semaines par avion quand on perd leur trace, que l'on retrouve tranquillement installés près des villages ou moins tranquillement au pied d'une falaise, après une chute mortelle. Comme le résume très bien le responsable de l'équipe ours, « on n'est pas dans l'écologie, on est bien loin de l'écologie ».